Scipion de Pablo Casacuberta

9791022602952-300x460Histoire du fils

Dans ce nouveau roman, Pablo Casacuberta met à l’honneur les relations père/fils. Le personnage principal de cette histoire est Anibal Brener. Ce dernier n’a pas bien réussi sa vie. Alcoolique notoire, il a raté sa carrière universitaire. Floué par sa sœur et par son père, le Professeur Brener, un historien reconnu et admiré par ses pairs, il enterre sa vie ratée dans la chambre miteuse d’une pension obscure où il partage sa pitance avec un vieillard infirme et sénile. Il se complaît dans cette existence depuis la mort de son père. Mais, un matin, le défunt se rappelle aux bons souvenirs du fils et voilà Anibal devant le notaire en train de prendre connaissance de son héritage. Brener père lui lègue sa maison et ses biens mais non sans condition.

Cette épreuve ramène à la surface les secrets et non-dits de l’histoire familiale. Anibal se surprend à penser à sa mère, partie il y a bien des années. Il se remémore ces années auprès d’un père tyrannique et hautain. L’aventure qu’il s’apprête à vivre va pourtant le ramener vers ce passé qui l’emprisonne et va l’obliger à prendre un tournant radical dans sa vie.

Scipion est un roman plein de promesses. Il brosse avec élégance la personnalité névrotique d’un fils écrasé par l’ombre du père mort. Cependant, loin d’en faire un roman aux accents oedipiens, Pablo Casacuberta traite avec légèreté le sujet. Il y a de l’aventure, de l’humour et de la finesse même lorsqu’il met en lumière la souffrance du fils et les soubresauts de son cerveau malade.

« Je tenais encore ma glace à la main. Elle commençait à fondre. Je compris alors que le mieux à faire était de la manger et je me penchai pour en prendre une bouchée. Je n’avais jamais rien goûté d’aussi délicieux. »

Ce passage, située à l’extrême fin du récit, met en exergue la renaissance d’Anibal. Sa vie prend alors sens malgré la solitude. La convalescence physique ouvre une nouvelle étape dans sa vie. Anibal fait une trêve avec son monde et ceux qui l’entourent. Il ne livre plus combat. En paix avec lui-même et avec ce père qui le terrifiait, Anibal peut alors continuer sa quête : partir à la recherche de sa mère. Le père peut alors passer de l’autre côté et sortir définitivement du champ narratif.

En conclusion, Scipion comble le désir du lecteur en tant que roman sur la filiation. Le dénouement est surprenant et toute l’intrigue est un jeu de piste pour notre plus grand bonheur !


Traduit de l’Espagnol (Uruguay) par François Gaudry
Editeur : Métailié, 2015
262 pages
18 €

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