Kinderzimmer de Valentine Goby

9782330022600
Das Kinderzimmer

Das Kinderzimmer est désigné une seule fois dans le roman de Valentine Goby. Il désigne  » La chambre des enfants  » ou plus précisément un endroit du camp de Ravensbrück dans laquelle les nouveaux-nés des déportées se trouvent entassés, laissés à l’abandon et à la mort.

Le roman débute dans une salle d’un lycée de France. Suzanne Langlois est une invitée. Elle raconte sa déportation vers Ravensbrück pour avoir été une résistante active sous l’occupation allemande. Jusque là, le lecteur se dit qu’il est en territoire familier puisque le sujet est devenu  » classique  » depuis l’ouvrage Si c’est un homme de Primo Lévi. Or, il n’en est rien. Valentine Goby se penche sur la question des femmes enceintes au moment de leur déportation. Elle évoque le parcours de ces déportées  » hors norme  » car comme le fait remarquer une compagne d’infortune de Suzanne :

 » (…) ici c’est un camp de travail, on épuise les femmes au travail, toutes leurs forces y sont dédiées, ça c’est certain, la grossesse ne fait pas de toi un Stück très productif « .

Menant son récit d’une main de maître, Valentine Goby ne s’attarde pas sur le sentimentalisme ni sur des considérations  » politiquement correct  » lorsqu’il s’agit de la maternité. Elle relate les agissements de ses personnages, de ces femmes arrivées de toute l’Europe occupée (Juives, Tziganes, Russes, Polonaises … et résistantes) et leurs tactiques de survie dans un contexte de dénuement extrême et de déshumanisation. De ce fait, le désir d’enfanter, la joie d’avoir un enfant n’ont pas lieu d’être dans cet endroit où on agonise et meurt par milliers. L’enfant, la naissance et donc la vie relèvent de l’inconcevable d’autant plus que Ravensbrück est aussi un camp d’extermination. Suzanne se plie à cette loi mathématique qui exige d’elle une seule pensée : survivre. Elle va devoir choisir sa vie au détriment de l’être qui grandit en elle. Elle fera abstraction de son état de femme enceinte:

 » (…) faire de l’enfant un viscère supplémentaire, un bout d’intestin, d’estomac, organe digestif non doué de vie propre, tout de suite le deuil de l’enfant condamné comme nous toutes. « 

Devant une situation extrême intervient une décision hors norme, et hors sentiment fondée uniquement sur l’instinct. Le vernis de culture craque laissant place à l’urgence de vivre. Suzanne est amenée alors à prendre une décision qui va changer le cours de sa vie …

L’écriture de Kinderzimmer ressemble à des coups de scalpel. Elle est froide et violente par endroit sans jamais se départir de l’humanité et de la compassion de l’auteur pour ces victimes du Nazisme. La vie du camp est rendue avec réalisme sans fausse pudeur ni indécence. Toutes les exactions sont mises en lumière. Toutes les humiliations sont relatées.

 » Comprendre que la femme est un ancien lapin, cobaye inoculé de streptocoques ou de gangrène, muscles tranchés, creusé, greffés de muscles d’un autre corps de prisonnière, le processus d’infection observable à l’œil nu pour le médecin du camp. « 

Les mots sont faits de sang et de sueur. Ils sont pétris dans la souffrance, les déjections, la saleté qui souillent les habits de ces femmes infectées par la dysenterie, la tuberculose, la vermine et les poux.

Kinderzimmer est sans conteste le roman coup de poing. C’est un roman historique par excellence qui ne galvaude en aucun cas un sujet tragique de l’Histoire de l’Europe. Au contraire, il magnifie le courage de ces femmes et de ces hommes qui sous le joug de l’oppression n’ont pas hésité à résister et ce, au détriment de leur vie parfois. Suzanne Langlois revient mais elle ramène avec elle Ravensbrück :

 » Elle sait qu’elle va porter Ravensbrück comme elle a porté son enfant : seule, et en secret. Autour d’elle on voudrait oublier, on voudrait vivre« .

Avec roman, Valentine Goby insiste sur la gravité et le sérieux de certaines situations passées qui ont encore cours dans le présent. Elle maintient en alerte la conscience du lecteur. A coup sûr, c’est un roman marquant pour notre présent et futur.


Actes Sud, 2013
224 pages
20 €

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