La mariée mécanique. Folklore de l’homme industriel. De Marshall McLuhan

Qui est Marshell McLuhan?

Né en 1911, Marshall McLuhan est un très grand critique des médias du XXème siècle. Sa formule « Le village global » est devenue plus que jamais prophétique à l’heure de la mondialisation. Elle a par ailleurs inspiré le slogan de IBM « Le monde est un village » dans le début des années 2000. En France, son nom est cité pour deux de ses ouvrages « La galaxie Gutenberg » et « Pour comprendre les médias » publiés respectivement en 1962 et en 1964. Ce livre-ci constitue dans la chronologie des productions de Marshall McLuhan son premier essai critique publié en 1951. Les éditions Ere le restituent en version française pour la première fois. Marshall McLuhan est décédé en 1980.

 mariée-mécanique

L’autre histoire de l’Amérique

Il est évident que cet ouvrage La mariée mécanique. Folklore de l’homme industriel est un essai extrêmement pertinent et intéressant pour l’étude de la communication et de la manipulation de notre temps moderne. Marshall McLuhan a institué une méthodologie pour décrypter et décoder les effets et impacts de la communication de masse. Partant du principe que « Le message c’est le médium », il entend par là que le contenu n’affecte pas réellement le public comme on a coutume de le penser. Pour lui, c’est le canal de transmission qui orchestre l’impact émotionnel, psychologique et visuel sur les consommateurs potentiels. Il donne une place prépondérante aux médias. Ces derniers « éduquent » la masse et lui insufflent « un ordre » de pensée de type subliminal.

Cette théorie est mise en exergue ici au travers de 61 pièces à convictions comme se plaît à les appeler l’auteur car elles obéissent à des fins stratégiques : « Elles sont représentatives d’un monde fait de mythes et de formes sociales, et parlent une langue qui nous est à la fois familière et étrangère». Elles participent à l’élaboration d’un folklore selon la terminologie anthropologique de C.B.Lewis. Cependant il s’agit ici du folklore de l’homme industriel institué en autre par des agences de publicité pour répondre à une fantasmagorie, à une rêverie diurne collective laquelle susurre à l’oreille de l’homme son unicité au monde qui l’entoure.

Ces pièces à conviction sont autant de publicités qui proclament la vertu et la beauté de la femme parfaite dans le choix qu’elle porte à un mantelet, une paire de bas nylon rehaussant ses jambes, symbole de la féminité triomphante. Cependant, comme l’œuvre a été rédigée dans les années 50, l’auteur met en évidence dans ce corpus d’affiches publicitaires la franche frontière dans les rôles homme/femme.  Si l’homme moderne oscille entre le « super héros », « le cow-boy civilisateur » à la John Wayne ou du gangster, la femme reste un bien domestique vouée à la solitude de 9 heures du matin à 17 heures du soir, heure où son époux revient du bureau. La femme devient la bonne mère, celle qui veille à la bonne alimentation de son fils pour faire de lui plus tard un maître de l’univers. La femme-objet sexuel comme le désigne le titre laisse tomber son armure séductrice faite de collants, de gaines, de chapeaux ou de mantelets à la mode pour devenir épouse et mère. Une des affiches vantant le mérite d’un bidon d’huile moteur met en exergue la peinture d’une famille idyllique où la femme présente le panier de pique-nique à sa famille dans un cadre champêtre. La publicité souligne le modèle standard de la famille et de la vie. Tout autre configuration est exclue. La bonne huile de moteur mise dans la bonne voiture permet à la bonne famille de quitter l’ère industrielle pour la campagne. Autrement dit seule la norme mérite récompense. Et c’est ainsi pour toute affiche. Marshall McLuhan décortique sans concession l’apparente contradiction de la société américaine : la liberté totale de diffuser son message, de jouir de sa vie et la pratique normée de la vie sociétale et privée.

Ecrit dans les années d’après guerre qui voit l’Amérique florissant, Marshall McLuhan voit déjà les dérives des excès de la société de consommation. A l’heure où comme le disait Noam Chomsky « le profit passe avant l’homme », La mariée mécanique est plus que jamais d’actualité. En évoquant son livre, Marshall McLuhan déclare « C’est cette transe qui semble perpétuer l’image largement répandue mêlée de sexe, de technologie et de mort dans laquelle réside le mystère de la mariée mécanique ».


Traduit de l’Anglais Canadien par Emilie Notéris. Editions ERE, 2012. 172 pages, 30€

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