Deux brûle – parfums de Eileen Chang

Qui est Eileen Chang ?

Eileen Chang est née à Shanghai en 1920. Fine lettrée, elle a écrit très tôt. Après un long séjour à Hongkong, elle décide de partir pour les Etats-Unis. Elle est décédée en 1995 à Los Angeles.

Deux brûle-parfums fait partie des premiers textes de cette écrivaine de renom publiés en 1943. Cet ouvrage est publié de façon inédite en France par la maison d’édition Zulma et traduit en français pour la première fois.

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La vie des papillons

Deux brûle-parfums est un ouvrage regroupant deux récits distincts que nous pourrons intituler Brûle-parfum 1 et Brûle-parfum 2. Les deux histoires se déroulent à Hongkong au temps où cette région était occupée par les Anglais.

Dans le premier récit, il s’agit du destin de la jeune Wei – lung. Cette dernière refuse de suivre sa famille à Shanghai et décide de convaincre la sœur de son père, Madame Liang de l’héberger afin de pouvoir rester à Hongkong. Rompue à l’expérience mondaine, Madame Liang voit là une opportunité d’attirer du monde et des hommes dans sa demeure. En effet, l’extrême jeunesse de sa nièce et sa beauté vont l’aider à revenir sur les devants de la scène. Ainsi, Madame Liang va organiser la « vente » de sa jeune parente avec ruse et habileté… Wei –lung aura-t-elle son mot à dire ? Est-elle aussi naïve qu’elle semble en avoir l’air ?

Dans le second texte, Eileen met en exergue le portrait des jeunes hommes anglais mariés à des jeunes filles ignorantes des affaires conjugales. Ainsi, la frayeur des premières nuits de femmes mariées laisse place progressivement à un drame qui se joue en huis clos. La société anglaise et son puritanisme entendent saper subtilement la réputation des maris qui sont considérés comme « pervers » et sans moralité.

Deux brûle-parfums retrace les us et coutumes d’une société révolue. L’art d’Eileen Chang est de se concentrer sur un petit détail, une petite mesquinerie de la vie quotidienne pour ensuite l’étudier à la loupe. Sa plume incisive met en lumière la cruauté du monde et des êtres tout en usant d’un langage fait de litote et d’euphémisme. Son univers s’apparente à celui de Thomas Hardy tout particulièrement à une composition du maître Les petites ironies de la vie.

Plus encore, Eileen Chang utilise un procédé narratif très connu en Asie : il s’agit de mêler la trame romanesque à celle d’un conte. Les romans sont ainsi racontés lors des veillées ou des moments spécifiques de la journée autour d’un thé. Le récit s’élance dans les airs et se mêle aux exquis parfums du thé et de l’encens. Le brûle-parfum devient la mesure du temps qui s’écoule entre les histoires susurrées à l’oreille :

« Retrouvez chez vous, s’il vous plaît, un vieux brûle-parfum de famille tout constellé de vert-de-gris, allumez-y des copeaux d’aloès et écoutez-moi vous raconter une histoire du Hongkong d’avant-guerre : lorsque les copeaux auront fini de brûler, mon histoire, elle aussi, sera terminée »

Cette œuvre permet effectivement de connaître Hongkong et sa société au temps où il était une colonie anglaise. Eileen Chang souligne la barrière et les codes définissant les rapports entre les autochtones et les colons. Elle met en exergue un monde crépusculaire au luxe décadent représenté ici par Madame Liang et le microcosme hongkongais qui gravite autour d’elle.

En conclusion, Deux brûle-parfums présentent des destins en fleurs, des innocences trop tôt confrontées à la rudesse du monde, des papillons brulés par le feu de la rampe.

016Brûle-parfum en terre cuite avec sculpture d’un philosophe conteur (Photo personnelle)


Traduit du Chinois par Emmanuelle Péchenart
Editeurs : Zulma, 2015
224 pages
17,50 €

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2 commentaires pour Deux brûle – parfums de Eileen Chang

  1. jostein59 dit :

    Une très jolie et pertinente conclusion ( comme le reste de la chronique d’ailleurs).

    J'aime

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