Le ruban de Ogawa Ito

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Chronique d’Abigail

Ogawa Ito, jeune écrivaine japonaise, a d’abord été l’auteure de littérature destinée à la jeunesse.

Et c’est sans doute cela qui explique la sensibilité toute particulière qui marque l’ouverture de ce roman gigogne. Celle qui raconte, en première partie, c’est Hibari, fillette d’une dizaine d’années, tendrement attachée à Sumire. Sumire, sa figure tutélaire, sa chère grand mère, celle dont la chambre, d’abord territoire interdit, recèle un amas de trésors. Celle qui fit carrière dans le spectacle conserve là de féériques et improbables tenues de scènes, chatoyantes et sophistiquées qu’elle n’hésite pas à arborer à l’heure des diners familiaux, des colifichets, des boutons, des épingles, des broches…

Mais, surtout, Sumire a une passion: regarder les oiseaux à la jumelle, ceux qui vont et viennent dans la ramure de Pépé, le grand arbre centenaire. Jusqu’au jour où… Surprise! La vieille dame excentrique couve dans son abondant chignon de neiges… des oeufs.
S’ouvrent alors des pages teintées de douceur, de fantaisie au cours desquelles Ruban, seul oeuf à éclore, vient au monde, où la complicité des deux personnages grandit en même temps que la callopsite. La perruche incarne dès lors ce messager commun, le fil qui relie les âmes de l’ancêtre et de sa petite fille, dont le prénom Hibari signifie Alouette et fût choisi par la grand mère.
Ruban s’enfuit, s’envole, regagne sa liberté. Tristesse des deux personnages.. Viennent alors s’intercaler des histoires dans l’histoire, des pages dans lesquelles, toujours, un oiseau vient incarner la transmission d’un être à un autre. Les thèmes récurrents de la séparation, de la perte, de la mort sont bien la toile de fond mélancolique des parcours de vie des personnages. Mais dans une atmosphère nimbée de douceur, sans fracas, dans un univers d’où l’attente possible, l’espoir ne sont jamais absents. C’est une acceptation paisible, ne quiétude portée par le messager volatile, le passeur d’entre les mondes. Celui des hommes et de la nature, de la vie et de la mort, d’une génération envers une autre.
La dernière partie du roman est certainement la plus belle, la plus poignante. Hibari, la fillette a grandi. Sumire, sa grand mère agonise. Et délie lentement la pelote du récit de sa destinée… Hibari s’en saisit et, malgré l’absence de liens du sang, la transmission d’une mémoire, le sens d’une vie, la mort qui, toujours, la transforme en destin, rappellent combien plus fort est le lien entre deux âmes. Combien fragile, éphémère et, cependant tellement constant, peut être le ruban qui attache, invisible, deux êtres…


Roman traduit du Japonais par Myriam Dartois -Ako
Editions Philippe Picquier, 2014
19,50 euros

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