Quand nous étions heureux de Rebecca Coleman

9782258104488
La fin de l’innocence

Le titre en français Quand nous étions heureux est déjà suggestif puisqu’il évoque un temps révolu et donc forcément nostalgique. Cependant, l’essence du roman réside dans le titre en Anglais Heaven should fall. Le positionnement de deux termes antagonistes « Heaven » et « Fall » met en exergue la dimension morale et métaphysique du roman. Le ciel comme l’Espérance et le Salut sont ici confrontés à la Chute et donc à la Perdition. Le lecteur comprend alors qu’il n’y a probablement pas de rachat ni de rédemption possible pour les protagonistes de ce roman.

Quand nous étions heureux est un récit qui suit l’évolution du couple que Jill forme avec Cade. Tous deux fragilisés par des histoires familiales complexes et violentes se raccrochent l’un à l’autre. Jill vit son idylle avec Cade, un garçon qui rêve de devenir politicien. Mais la vie en décide autrement : Jill par insouciance ou par fatalisme, tombe enceinte et Cade est alors forcé de devenir père malgré lui. Cependant Rebecca Coleman ne s’intéresse pas vraiment à des romans de gare. En effet, elle oriente sa problématique vers un drame plus grave. Cade et Jill auraient pu s’en sortir s’ils n’avaient pas décidé de revenir vivre dans la ferme familiale du jeune homme. Le lecteur comprend alors l’univers dans lequel est plongé Jill : la violence, la pauvreté et l’indifférence que les membres de cette famille témoignent à Elias, le frère de Cade, vétéran de la guerre en Irak. Jill assiste impuissante à la chute d’Elias jusqu’au basculement final…

Personne ne sortira indemne de cette expérience ni même le lecteur. Rebecca Coleman fait ici le procès de la société américaine et le traitement qu’elle réserve aux « héros de guerre ». L’auteur met aussi à mal la notion sacrée de la famille. Les Olmstead symbolisent la famille poison, celle en apparence unie mais qui dévore ses membres en silence. Rebecca Coleman remet en question l’adage populaire qui affirme haut et fort que sans sa famille on n’est rien. Les Olmstead en sont, à plus d’un titre, le contre-exemple.

Cependant, le lecteur ne peut s’empêcher de sentir une certaine compassion de l’auteur pour des êtres en marge comme Elias, doublement victime, d’abord de sa famille puis de son pays. Elle réserve aussi sa sympathie pour Jill qui malgré sa naïveté, sa sottise et son fatalisme a su préserver son instinct de survie. C’est en fin de compte son animalité, sa peur de la mort qui la sauve de l’effondrement finale aussi bien physique que morale : « Parce que le chagrin finit toujours par donner naissance à quelque chose de neuf. »


Traduit de l’Américain par Mélanie Blanc – Jouveaux
Editeurs : Presse de la Cité, 2014
391 pages
21,50 €

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