Ru de Kim Thuy

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Le poids du passé

Ce premier roman de Kim Thuy s’attelle à restituer des fragments de souvenirs concernant la vie de la narratrice avant la chute du Sud du Viêt Nam et avant la pacification de 1976. Les mots soulignent non seulement le traumatisme dû à la guerre mais aussi la mélancolie ainsi que le manque liés à la condition d’exil.

Le lecteur retient l’évocation de la vie de sa famille au Canada dans les premières heures. La narratrice, double de l’auteure, montre une réalité peu connue des occidentaux: la motivation de s’intégrer coûte que coûte dans le paysage du nouveau pays. Il faut savoir qu’il y a deux diasporas asiatiques: celle qui est arrivée avant les années 90 et celle d’après. La première vague concerne les réfugiés politiques qui ont chez eux un statut et un niveau de vie élevé. Ils appartiennent à la classe « élite » au pays. L’arrivée de ces personnes en Occident est liée à un changement politique dans le pays d’origine. Kim Thuy fait partie de cette population là. Pour les parents, il faut absolument que les enfants aient une intégration réussie. Les pères et mères privilégient pour les enfants l’étude, les carrières et métiers en tension dans le secteur tertiaire, médical et les technologies de pointe. C’est avant tout une intégration économique. Cependant, le revers de la médaille existe. La première génération garde le silence sur les traumatismes vécus et accepte l’humiliation et la discrimination du moment où leurs progénitures s’insèrent dans le nouveau pays. Les enfants subissent la pression des parents et ne peuvent trouver un espace pour évacuer eux aussi les traumatismes vécus. Professionnellement, la deuxième génération réussit son intégration économique. Très diplômée, elle occupe des postes clés dans le pays d’accueil aussi bien dans le secteur public que privé.

Ru est un récit qui s’intéresse à cette problématique de l’exil et de l’intégration. Le roman raconte la difficulté pour les aînés de trouver leurs places mais aussi l’effort de la mère à hisser sa fille vers un avenir meilleur. Il faut savoir que certaines personnes âgées qui sont parties du Viêtnam pour d’autres pays occidentaux, reviennent chez elles car elles ne parviennent pas à s’adapter à un mode de vie différent. Lorsqu’elles n’ont pas la possibilité de rentrer chez elles, ces personnes s’emmurent dans un premier temps dans le silence. Puis elles sombrent dans la mélancolie (au sens psychiatrique du terme) et la catatonie avant de mourir. Ce sont des cas minoritaires mais ils existent.

Attentive, Kim Thuy accompagne la persévérance de la jeune fille et de sa mère dans leur apprentissage d’adaptation à une autre vie, à une autre culture. La narratrice scrute les évolutions, les changements dans le foyer. Elle restitue aussi les échecs et les sacrifices du couple parental.

Ru a une écriture fragmentée. Le lecteur regrette les lieux communs, les figures de styles assez grossiers et la présence presque risible d’une forme de platitude dans les propos. Pour conclure, bien qu’appartenant à la littérature vietnamienne de la diaspora, on peut dire que Ru est un récit informatif sur l’exil dont le caractère littéraire laisse à désirer. Cependant il a le mérite de mettre en exergue les non dits et la souffrance secrète de cette communauté en Occident.


Editeurs : Liana Lévi, 2010
144 pages
14 €

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