Freedom Song de Amit Chaudhuri

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Une histoire de ma vie, un récit pour ma ville

Si dans l’édition anglaise, Freedom Song constitue le dernier des trois récits constituant le recueil, l’éditeur français Philippe Picquier décide de lui offrir à lui seul toute la place.

Mais avant un quelconque avis, il faut revenir sur le titre car il peut être trompeur. Freedom song comme le remarque avec justesse le New York Times (https://www.nytimes.com/books/99/03/28/reviews/990328.28truaxt.html) ne comporte pas de résonnance avec aucune problématique politique. Plus qu’un roman sur l’amour, c’est le chant d’une certaine Inde contemporaine, cosmopolite, mondialisée aux prises avec les difficultés du « vivre ensemble ».

Freedom Song promène le lecteur dans la ville de Calcutta à l’heure où la communauté musulmane et les hindous s’affrontent sur fond de différence culturelle et de communauté. Mais le roman est aussi un chant sur la transformation de l’Inde, livrée à l’économie de marché.

Cependant, Amit Chaudhuri préfère ne pas « alourdir » son roman par la restitution des faits socio – politiques. Il désire une langue fluide, chantante et poétique. Il exalte les changements, la vigueur et la jeunesse de l’Inde à l’aube du nouveau millénaire (le texte a été publié pour la première fois en 1998). Aussi, préfère-t-il mettre sur le devant de la scène deux amies Khuku et Mini. Celles-ci parcourent la ville de long en large, se racontent des anecdotes, reviennent sur leur passé respectif pendant que dans les rues adjacentes, les émeutes, les partisans rouges se font entendre.

Freedom Song cerne et dessine les contours de la transition de l’Inde. Si les protagonistes entretiennent entre eux des rapports complexes, ils sont eux-mêmes mis « au service » de Calcutta par l’auteur. Dans son roman, Amit Chaudhuri célèbre principalement la ville aux mille visages qui rassemble diverses communautés. Comme la figure de Protée, elle ne cesse de se métamorphoser au gré des ballades de nos personnages.

En conclusion, lire Freedom Song c’est entreprendre un long voyage dans les contrées du Nord de l’Inde. Lire Freedom Song c’est accepter de se défaire du déjà vu, du connu pour entrer dans un monde radicalement opposé aux repères occidentaux. Lire Freedom Song c’est se laisser envoûter par la danse de Shiva et être bercé par les mille bras du dieu.

En dernier lieu, laissons-nous aller à la confidence d’un des personnages qui nous explique son fol amour pour cette ville insolite :

« Le temps et la ville de Calcutta s’étaient infiltrés en lui comme des gouttes d’eau. Il était arrivé ici et était tombé amoureux de Gariahat, son marché de poissons et de légumes, les cris de ses vendeurs et les cavalcades de ses porteurs. Ça, c’était Calcutta. Puis, en 1971, il n’y avait pas si longtemps, il y avait eu le Bangladesh, les réfugiés qui avaient envahi la ville et leurs étals de fortune installés dans Gariahat. Ça, c’était l’histoire de sa vie, et celle de personne d’autre. »


Roman traduit de l’Anglais (Inde) par Simone Manceau
Editeurs Philippe Picquier, 2006
230 pages
20 €

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