La ferme de Tom Rob Smith

9782714457202
Lignes de faille

Par une chaude après midi, le narrateur Daniel reçoit un coup de téléphone sur son portable. Il décroche. Son père est au bout du fil. Il est en larme. Le narrateur apprend que sa mère va mal. Elle est internée dans une institution psychiatrique en Suède. En effet, les parents de Daniel ont décidé de prendre leur retraite dans le Sud de ce pays, dans une ferme isolée de la campagne suédoise. Ils s’installent donc comme le souligne le narrateur : « (…) dans (une) ferme isolée, située à la pointe sud de la Suède. »

Désarçonné, Daniel ne parvient pas à croire à cette nouvelle terrible d’autant plus que sa mère semble développer des symptômes assez graves selon l’avis des médecins :

« Les symptômes sont apparus peu à peu –des angoisses et des remarques bizarres, tout le monde peut avoir ce genre de comportement. Puis les accusations ont commencé. Elle parle de preuves qu’elle détiendrait, elle parle de pièces à conviction, de suspects, mais c’est absurde, ce sont des mensonges. »

Si pour les médecins et pour le père de Daniel, la malade semble souffrir de crises psychotiques aiguës, pour Daniel, ce n’est pas aussi simple. En effet, sa mère s’enfuit de l’hôpital et revient en Angleterre, là où vit son fils. Elle lui narre sa vie étouffante en Suède ; elle est terrifiée par son effrayant voisin, Hakan ; elle implique son époux dans un crime organisé avec la complicité de tous. Cependant, si ce récit est assez incroyable, il y a au fil des mots un aspect étrange et quasi obsessionnel : la mère de Daniel ne peut s’empêcher d’évoquer le nom de Mia, sa jeune voisine fugueuse, fille adoptive de Hakan et une certaine Freja, son amie d’enfance.

La ferme se démarque de la trilogie écrite récemment par l’auteur. En effet, si le roman prend les airs du genre policier, il s’en éloigne assez rapidement pour ne prendre en compte que la dimension psychologique des personnages. Les nouveaux thèmes de prédilections cette fois –ci se trouvent être l’émergence de la folie et les résurgences du souvenir pénible et traumatisant. La finesse du roman réside dans les non –dits et dans les souffrances de la mère de Daniel qui reviennent dans sa nouvelle vie de retraitée comme un boomerang. Le déferlement rompt toutes les digues de la conscience. L’heure est arrivée pour que chaque vérité émerge : celle inavouable de la mère, celle du fils et aussi celle de Mia et de Freja…

En conclusion, le lecteur découvre aussi les raisons qui ont motivé l’auteur dans l’écriture de ce roman. La note à l’intention du lectorat explique le projet romanesque mais à aucun moment les éléments autobiographiques ne prennent le pas sur la trame romanesque.

La ferme se lit aisément mais ce n’est en aucun cas un « page turner » car les personnages ont une psychologie creusée. L’intrigue est haletante bien que complexe. Certes, il ne dépasse pas la virtuosité de Enfant 44 mais il constitue un agréable moment de lecture à la croisée des chemins entre le thriller, le roman policier et le récit psychologique.


Traduit de l’Anglais par Elisabeth Pellaert
Editions : Belfond, 2015
331 pages
22,50 € 

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