Le père de la petite de Marie Sizun

arton747
Chronique d’Abigail

Le Père de la petite est le premier roman publié de Marie Sizun.
Il amorce son oeuvre à venir et porte déjà en germe tous les thèmes à la fois récurrents et obsessionnels de son auteure; la mémoire, les lieux, la filiation, les secrets et sa cohorte de non-dits.
Chez notre écrivaine, point de tempête, ni de grandes agitations, pas de grands fracas. On entre dans cette oeuvre sur la pointe des orteils, en douceur. C’est l’art précis du détail qui prédomine, tout y est de l’ordre de l’intime, voir de l’intimisme. Jamais, chez Marie Sizun, nous ne rencontrons des cohortes de personnages.
Le focus se fait, ici, dés le départ sur le duo fusionnel de la mère et de son enfant. La vie de la petite se déroule à l’abri de l’appartement-refuge, quasi métaphore du ventre maternel, des  moments évoquant une gestation prolongée; la petite, en ce royaume, crie et chante à tue tête, gribouille sue les murs… La petite, dont on ignore le nom, se vit tel le prolongement du corps d’une mère qu’elle aime jalousement, d’une façon animale. Et qui l’inonde, en retour, d’un amour absolu, qui ne lui refuse rien, bienheureuse en cette bulle exclusive.
Seuls deux éléments troublent la quiétude de l’enfant; ce retour annoncé d’un inconnu, le père. Or, qu’est-ce qu’un père? A quoi ça sert? Et, le second élément qui la tourmente, c’est une scène vécue en Normandie, lourd secret, dont on l’assure qu’elle l’a entièrement rêvée.
Pour la petite, la guerre est un événement lointain, l’écho d’une catastrophe qui ne lui parvient que de loin en loin. La présence des allemands, pour la petite, signifie l’éloignement, le maintien à l’écart de l’indésirable, le père prisonnier, et donc la continuité du duo exclusif auprès de sa mère fantasque.
Seulement voilà; le père parait. Et avec lui surgit dans l’appartement le monde extérieur, la vérité tangible d’un monde en guerre, l’attente fiévreuse des alliés. L’indésiré occupe l’espace, nomme la petite; c’est France. Il nomme la mère; Liliane, dite Li. Il tonne. Il est chargé d’odeurs, il pique. Il dit, verbe menaçant. Et rassurant.
Cet inconnu, qui rompt la fusion originelle, va devenir l’objet de passion de France. L’enfant, dans son adoration, voit par ses yeux, révèle le secret de ce qu’elle a vu en Normandie, ce fait sur lequel on a tenté de jeter un voile noir.
La parole surgit. Elle fait exister. Des mots, découle la séparation du couple. Et, de là, l’analyse de la relation à ce père que France aime follement, qu’elle verra de loin en loin, à la frontière de sa vie, qu’elle finira par perdre. Et, là, les mots semblent pauvres, taris, terriblement réducteurs… L’implicite, l’émotion, le regard croisé au hasard disent ce qu’est ce père, cette trace laissée dans l’âme de sa fille. Une petite flamme tremblante, une émotion, une minuscule lueur. Une « grâce » qui perce même dans la solitude d’une vie d’adulte.


Editions: Arléa, Coll. « 1er Mille », 2005
152 pages
15 euros

Publicités
Cet article a été publié dans Littérature française. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s