Le bourreau de Heloneida Studart

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Pas de fleurs pour Carmélio

Carmélio est un homme d’une trentaine d’années. Malgré son âge, il a déjà vécu plusieurs vies. En effet, abandonné par sa mère et recueilli par une femme acariâtre et possessive, il s’est très tôt émancipé de l’univers féminin. Il partage sa vie entre les clubs de sport et son travail quelque peu en marge. Carmélio est un tortionnaire au service d’un régime dictatorial qui le paie pour extorquer et liquider les opposants au système politique mis en place.

Jusque là, Carmélio accomplit sa besogne sans crise de conscience. Pour lui, il est au-dessus des lois et donc intouchable. C’est donc avec une certaine tranquillité qu’il part pour le Nord Est du Brésil à Fortaleza pour un assassinat politique.

«  Le major Fernando avait décidé de m’envoyer à Fortaleza sur la piste d’un certain Célio, dessinateur qui ne se contentait pas de représenter des dentellières, des cangaceiros et des migrants. Il perturbait l’ordre avec des réunions publiques, organisait des manifestations et envoyait des pétitions à l’étranger dans le but de dénigrer notre partie. »

Carmélio quitte Rio sans savoir que cette mission fera basculer sa vie…

Le bourreau est un roman dense et d’une rare intensité dramatique. Le rythme est dynamique et maintient le lecteur dans le suspens quant au destin de Carmélio qui évolue sous le soleil meurtrier et impitoyable du sertao.

Le roman a été écrit en 1986 et relate les années de dictature. Heloneida Stadart revient sur une époque sombre où existent des escadrons de la mort. Elle brosse le portrait d’un Brésil ancré encore dans les traditions donnant la toute puissance à l’Eglise et au Coronel. Militante et engagée, elle met en exergue le machisme et la soumission des femmes à la loi patriarcale. Dona Bela est ici le prototype de la matriarche totalement assujettie aux traditions qui brident les femmes ne leur donnant pas accès à l’éducation et à la maîtrise de leur destinée. En féministe éclairée, Heloneida Studart observe la société brésilienne de l’époque et pointe du doigt les figures de femmes qui font le jeu des hommes car nul n’est innocent dans ces contrées.

Le bourreau est un roman millefeuilles. En effet, il met en lumière la condition tragique de l’homme dans un style baroque et rococo. Hurlant comme un chien enragé à l’heure de sa mort car la créature humaine est broyée par une nature hostile et par la cruauté de ses pairs. Il n’y a pas de rédemption possible ni de rachat des péchés. Une deuxième voie n’est pas offerte. Et le bourreau comme la victime souffre et meurt dans la solitude et l’indifférence d’un lieu damné où les hommes ont oublié qu’ils sont des hommes.

Le bourreau est un roman énergique qui malgré le désespoir de ses personnages rayonne par la virtuosité de la description des paysages et des êtres vivants. Il est aussi une poésie de la grandeur et de la décadence d’un monde qui est en train de disparaître. Pour sa qualité littéraire et pour ses thématiques, Le bourreau provoque une émotion et une ivresse romanesque résultant d’un magnifique travail d’écriture. Pour cela, il mérite d’être (re)lu.

Voici une carte du Brésil afin que le lecteur puisse mieux visualiser les lieux où se déroule l’action du roman:
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Heloneida-Studart-(8)http://etudeslusophonesparis4.blogspot.fr/2012_04_01_archive.html

Heloneida Studart est née en 1932 à Fortaleza, dans le Nordeste, du Brésil. Très jeune, elle s’oppose aux traditions, à la famille traditionnelle et à la place des femmes dans la société traditionaliste.

À 19 ans, elle partait travailler dans la capitale et elle était tour à tour journaliste et syndicaliste. Son engagement lui valait un séjour en prison en 1969 et l’inscription sur la liste noire du régime militaire en place.

Dans ses romans, elle dénonçait la violence, la dictature militaire et la torture en prison. A la fin de la dictature militaire, elle s’est engagée en politique et a été députée du Parti des travailleurs de l’Etat de Rio de Janeiro de 1978 à 2006. Elle a aussi présidé la commission des Droits de l’homme à l’Assemblée. A ces actions, il faut aussi ajouter son combat contre la pauvreté et en faveur de la jeunesse et des femmes.

Heloneida Studart est décédée en 2007 à Rio de Janeiro


Traduit du portugais (Brésil) par Paula Salnot et Inô Riou
Editeurs : Les Allusifs, 2007
344 pages

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