A toi de Claudia Pineiro

9782330048334
Les diaboliques

Inès et Ernesto forment un couple qui suscite l’envie des voisins et connaissances, en apparence. Ils vivent dans une belle maison. Ils ont deux voitures et une fille de 17 ans, adolescente revêche et maussade. Ernesto est cadre dans son entreprise et il gagne bien sa vie pendant qu’ Inès reste chez elle à récurer la maison et astiquer les couverts. Mais voilà, il y a tout de même un vers dans la pomme. Ernesto trompe sa femme avec une femme qui signe ses doux billets par un passionné « A toi ».

« Je cherchais un stylo et, n’en trouvant pas, j’ai ouvert sa serviette et voilà sur quoi je suis tombée : un cœur, dessiné au rouge à lèvres, traversé d’un « je t’aime » et signé « A toi ».

Pistant son mari, elle finit par découvrir que cette fameuse maîtresse est sa secrétaire, Alicia. Elle assiste de loin à une rencontre entre Ernesto et Alicia. La conversation semble être houleuse. Il s’agit même d’une dispute qui finit par coûter la vie à Alicia et fait de ce mari volage, un assassin par inadvertance ! Cette « affaire » rapproche pour un temps le couple. Mais si les choses étaient aussi simples. Au fil de la lecture, le lecteur découvre que la maîtresse « A toi » n’est pas celle qu’on croit et qu’Inès a plus d’un tour dans son sac pour faire « plier » son mari jusqu’au dénouement final mettant en scène une machination machiavélique de la part de l’épouse trompée mais aussi du mari perfide.

A toi aurait pu être un roman vaudeville sans intérêt mais c’est sans compter sur le talent espiègle de son auteur, Claudia Pineiro. L’écriture est légère, énergique et fantasque comme le personnage d’Inès qui refuse de voir l’échec de sa vie et l’effondrement de sa famille à laquelle elle tient tant. L’humour, la drôlerie se mêlent au tragique de l’existence. Claudia Pineiro se défoule dans ce court récit. Elle met en évidence le rapport homme/ femme en le tournant en dérision. Elle souligne le machisme des hommes dans la société argentine et l’aliénation des femmes qui se cantonnent dans des schémas établis. En fin de compte, Inès ne reproduit-elle pas le modèle désastreux de la femme représentée par sa mère ? Comme sa génitrice, elle est stupide, vide, sans intérêt. Elle n’a rien réussi de sa vie et se contente d’être une femme parfaite au foyer qui prépare un filet de bœuf aux poivres à son tendre époux. L’espoir d’émancipation de la femme se trouve dans les destins de Laura, la fille du couple et de son enfant qui vient de naître :

«  – Dis –leur que Guillermina est née.
– OK
(…)
– Elle est belle, la petite, pas vrai ?
– Oui, elle est super –belle.
– A qui est-ce qu’elle ressemble ?
– A personne ; heureusement, elle ne ressemble à personne. »


Traduit de l’espagnol (Argentine) par Romain Magras
Editeurs : Actes Sud, 2015
172 pages
18 €

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