Le bal des vipères de Horacio Castellanos Moya

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« Ballade ophidienne »

Par un après midi chaud quelque part dans une ville de l’Amérique Latine, une vieille Chevrolet jaune va causer des ennuis aux habitants du quartier. En effet, son propriétaire un certain Jacinto Bustillo vit dans cette voiture avec ses serpents. En quelques jours, il va mettre la ville à feu et à sang semant les morts sur sa route. La violence de ces crimes va ébranler les plus hautes sphères du pouvoir… Mais est-ce bien lui, Jacinto, l’auteur de tous ces crimes ou bien l’oeuvre d’un double maléfique? Aux lecteurs de le découvrir s’ils osent entrer dans ce tacot jaune et partir à tombeau ouvert pour 161 pages de folie et d’aventure…

Le roman de Horacio Castellanos Mayo a une écriture très concise. Dès le départ, le lecteur est confronté à la sinistre voiture.

« Aucun des locataires ne put dire à quel moment précis la Chevrolet jaune avait stationné devant l’immeuble« .

On peut dire que c’est par elle que le malheur, le drame, la tragédie arrivent et foncent sur la ville, jusque-là tranquille. C’est un fléau sans précédent. L’auteur, comme pris par la fièvre et les convulsions, trace l’histoire d’un trait. L’action se déroule en quelques jours. L’arrivée de la voiture, la rencontre des habitants avec un personnage de clochard du nom de Jacinto Bustillo, l’altercation de l’homme avec la police, l’attitude louche d’un jeune étudiant au chômage, le début des meurtres et enfin l’escalade dans la violence.

Cependant, il n’est pas réellement permis au lecteur de considérer ce roman comme faisant partie du genre policier. L’enquête n’est pas le centre de l’intrigue. Le lecteur peut tout aussi porter son attention sur les vipères, par exemple leur rôle dans le massacre et la relation amoureuse qu’elles entretiennent avec l’auteur des crimes. Il y a dans ce rapport quelque chose qui relève du fantastique: les vipères parlent, murmurent des mots tendres à l’oreille du meurtrier, leur amant. Les vipères se déchaînent. Elles sont voraces dans tous les sens du terme. La scène orgiaque de la fin renvoie au caractère voluptueux de ces créatures :

« Elles n’étaient que quatre (…) Je distinguai maintenant avec une plus grande précision leurs caractéristiques, assez pour qu’une bonne fois pour toutes je puisse leur donner un nom: Beti était la vipère potelée aux yeux bridés; Loli allait être une vipère fine aux mouvements timides, presque délicats; Valentina, avec sa peau chatoyante, exhalait la sensualité; et Carmela, en sa menuité, avait quelque chose de mystérieux« .

On aura compris: les serpents sont décrits comme des femmes séductrices, fatales, cruelles et d’une féminité exacerbée. 

Cette « balade ophidienne » comme le désigne les notes de l’éditeur ne revêt pas seulement un caractère fantastique mais prend aussi des 
allures hallucinatoires. Le lecteur se croirait dans un film déjanté de Quentin Tarentino.

Il ne s’agit pas ici d’un roman de série Z. L’humour, l’hyperbolisation de certaines actions et situations prêtent à rire. C’est une mise à distance nécessaire à l’auteur pour décrire, au travers de cette histoire, l’état de la police et de la politique dans certains pays de l’Amérique Latine au lendemain des dictatures. Le Salvador n’est pas épargné par les guerres civiles et par une dictature qui a mis à mal l’économie de la région. Si vous êtes intéressé (e) par le Salvador des années 80-90, je vous convie à visionner un excellent film réalisé par le maître du genre Oliver Stone. Le film s’appelle Salvador (1986) avec dans le rôle principal un James Wood magnifique. N’oublions pas que le livre apparaît en 2001, seulement 9 ans après la fin de la guerre civile et les escadrons de la mort…
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Horacio Castellanos Moya est né au Honduras en 1957. Il a vécu la majeure partie de sa vie au Salvador. Il est l’auteur de huit romans et de cinq recueils de nouvelles. Il a été journaliste et a donc séjourné au Mexique ou encore au Guatemala. Après la publication en 1997 de son roman Le dégoût, il a reçu de nombreuses menaces de mort et a dû s’exiler. Après des séjours en Espagne et au Canada, il vit maintenant à Pittsburgh, en Pennsylvanie dans le cadre du programme « City of asylum » créé par l’écrivain américain Russell Banks et soutenu par d’autres écrivains notamment Philip Roth. Il a publié après Le dégoût, La mort d’Olga Maria, L’homme en arme et Déraison ainsi que Effondrement (Voir chronique publié ici dans le blog).

Le bal des vipères est son cinquième roman. Son dernier opus est La servante et le catcheur.


Traduit de l’espagnol (Salvador) par Robert Amutio
Editeurs:Les Allusifs
162 p.
15 €. 

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