Rakugo. Récits traduits du japonais par Anne Bayard – Sakai

Rakugo (Visuel indisponible)

Rakugo est un recueil de contes populaires japonais. Le titre du livre est intéressant car il évoque un art très vivace au Japon. En effet, si le pays du Soleil Levant est connu pour son théâtre Nô, il est célèbre aussi pour un autre versant de son théâtre, le Rakugo. C’est un art à part entière et il est très populaire dans le Japon de nos jours. Le Rakugo est un monologue le plus souvent comique dans lequel un artiste qu’on appelle « rakugoka » vient s’asseoir en « seiza » (posture assise traditionnelle du Japon) sur un coussin après avoir salué le public. Il commence alors à raconter une histoire à l’auditoire. Le thème peut être varié (scène de vie de couple, duplicité entre les amis, bavardage de femmes…) ainsi que la forme du récit (historiettes, contes, anecdotes…).

Le « rakugoka » est un artiste de haut niveau qui maîtrise tous les registres de l’art (musique, mime, origami). Il peut se glisser dans la peau d’un enfant en imitant sa voix et ses gestes. Il peut imiter une femme ou un vieillard en une fraction de seconde juste en tournant la tête (c’est un signal de son dédoublement si vous voulez). Sa voix est modulable à merci ainsi que les mimiques de son visage et de sa posture. Il possède dans son jeu de scène une serviette qu’il plie et déplie pour évoquer les formes d’objets mentionnés dans ses récits. Il a aussi un éventail dont chaque mouvement correspond à un signifié bien particulier. C’est un acteur par excellence.

Dans notre ouvrage, nous avons en tout 10 histoires répertoriées. Chacune décrit la vie des personnages, leurs mésaventures, leur naïveté et leur idiotie devant les facéties du destin. Les histoires sont comiques grâce à la chute comme dans L’incendie de l’écurie, La plage de Shiba ou encore Le perchoir du bain public. Les chutes qu’on appelle les « ochi » sont très importantes car le mot même de « rakugo » signifie « une parole qui a une chute ». C’est propre à ce genre comique japonais. L’ouvrage offre une très belle chute dans la première histoire… D’autres intriguent ou sont inquiétantes comme par exemple le cas de Double suicide à Shinagawa. Les histoires de fantômes et de revenants parsèment aussi l’anthologie comme par exemple dans La troisième année. Mais le motif, usité dans ce genre littéraire, ne relève pas de l’épouvante. C’est plutôt du registre du comique. Ainsi c’est un recueil de contes distrayants.

Pour conclure, il faut souligner que la forme du rakugo telle qu’elle est apparue dans ce recueil, est celle adoptée depuis la fin du XVIIIème siècle. En général, ces histoires se jouent dans les « yose » soit des pièces spécifiques dédiées à cet art. Dans nos histoires, l’époque Heian (IX-XIIème siècles) est souvent évoquée car les sources du rakugo remontent à cette époque où les moines bouddhiques parcourent provinces et villages pour raconter des histoires religieuses même si cet art ne connaît un réel essor que sous l’ère Edô. Il faut savoir que ce spectacle dure souvent 4 à 5 heures. Ainsi les conteurs se succèdent sur la scène. Il y a aussi des intermèdes avec musique, acrobaties… afin de faire patienter le public dans l’attente de la reprise du spectacle. Ces entractes sont présents dans le recueil.

Le lecteur, curieux et intéressé, peut compléter ses connaissances sur cet art en consultant un ouvrage riche en informations et en recherches intitulé Les rires au Japon.


Editions : Philippe Picquier, 1993
142 pages

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