Antar, le poète du désert. Calligraphié par Hassan Massoudy

Bannière au vent, je foule le sable

Antar

(Photographie de Stefan Weber, prise au musée des arts de traditions populaires de Damas (Palais Azem) en mai 2003)

Antar a réellement existé. Il a probablement vécu en Arabie vers le 6ème siècle. Comme l’indiquent les extraits de ce livre, il est né d’une esclave captive, abyssinienne. De ce fait, il essuie le mépris de son clan et le rejet de son père. Celui-ci refuse de le hisser au rang de fils légitime. Mais son destin prend une tournure plus positive lorsque son père lui demande de participer à une contre-attaque sur des tribus qui avaient attaqué les Beni’ Abs, son clan. Il va montrer beaucoup de bravoure, ce qui lui permettra, entre autres, de s’unir à Abla, sa cousine, dont le cœur lui avait été longtemps refusé à cause de ses origines et de sa peau noire. Une grande partie de sa mu’allaqât décrit son comportement au combat excité par la « furor » guerrière. Antar participe à de nombreuses batailles, notamment à celles de la guerre de Dahis et El Ghabra, née d’un litige entre deux tribus. Antar périt en 615, assassiné. Sa vie ressemble à celle d’un chevalier d’une chanson de geste.

Il nous reste de son œuvre de courtes stances lyriques, réunies dans le Divan d’Antar, et il est l’auteur reconnu d’une des sept Moallakât, ces poèmes antéislamiques, qui se compose de 75 vers du mètre Kâmil. Il se retrouve comme personnage central dans une chanson de chevalerie du 12ème siècle. Il constitue un monument précieux sur les temps ante – islamiques. L’auteur du récit dont sont tirés ces extraits serait, d’après l’historien Ibn-abi-Oçaibyya, le médecin Aboul-Moyyed-Mohammed-Ibn-el-Modjeli, qui vivait au 12ème siècle.

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Ce présent ouvrage reprend ici les extraits principaux de ce texte du 12ème siècle. Dans Antara, le poète du désert, l’auteur raconte surtout l’enfance puis l’âge d’homme d’Antar. Le récit insiste sur les exploits et prouesses chevaleresques mais aussi la quête du nom et des origines de ce héros qu’on appelle le « bâtard ». Le récit s’achève ici sur la reconnaissance de son clan de ses valeurs éthiques, morales et chevaleresques. Il évoque aussi son mariage et la naissance de son fils.

Ce qui est intéressant dans ce livre c’est le voyage initiatique d’Antara, poète-guerrier puisque non seulement il combat contre les clans adversaires au sien mais il compose aussi des odes à l’amour (surtout pour la belle Abla, sa Dame, si on veut). D’ailleurs dans le texte, nous avons le plaisir de parcourir les mots enivrants de sa poésie tantôt oblative tantôt charnelle. Il ne faut pas oublier que nous sommes à l’ère pré islamisme et de ce fait, l’interdiction n’est pas encore appliquée aux textes, aux mots. Le blasphème n’est pas encore blasphème et le corps est librement chanté et exalté:

« Dirais-je que ta taille a la flexibilité du cyprès/ Que puis-je comparer/ A la beauté de ton sein?/ Etre uni à toi c’est jouir de la félicité suprême. »

De plus, la religion ici est à peine évoquée. Ce qui importe c’est l’honneur de la tribu et l’honneur au combat. De ce fait, le lecteur ne peut s’empêcher d’associer ce texte à un réseau de chansons de gestes médiévales plus étendu: La chanson de Raoul, Aliscans ou encore Raoul de Cambrai. En effet, nous sommes déjà dans la fureur guerrière mais aussi dans la pureté des mots lorsque nous touchons à l’amour, cet instant si fragile où le corps et le cœur d’Abla et Antar basculent dans une douce folie, à l’unisson. Le récit renvoie aussi et de façon très moderne à la différence. Antara est loué, magnifié car il sauve de la mort sa tribu et son clan. Cependant, il n’est pas pour autant un homme à part entière car il est noir et il est né d’une esclave. On peut ainsi méditer sur l’iniquité qui lui a été faite par son père lorsqu’il refuse de le considérer comme son fils légitime :

 » Quoi, bâtard, as-tu donc oublié que tu as gardé mes brebis et mes chameaux sur les montagnes? Tu voudrais t’élever jusqu’à moi, tu voudrais me rendre la fable de toutes les tribus d’Arabie. Quel scandale si elles apprenaient que nos esclaves désirent partager nos origines et se compter parmi nous! »

Antara va contrer son père et bravant l’interdiction, va accomplir son destin et forcer la capitulation du père. C’est aussi une histoire d’un fils qui force son père à reconnaître sa valeur et à le légitimer.

Ce récit d’une poésie envoûtante et suave nous permet de prendre connaissance avec ce poète très peu connu en Occident et ailleurs…

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Hassan-Massoudyweb

(http://www.legestesuspendu.com/hassan_massoudy.html)

Hassan Massoudy est né en Irak en 1944. Il a été apprenti chez différents maîtres calligraphes à Bagbad avant de partir pour la France en 1969 afin de fuir la dictature instaurée dans son pays. Son ouvrage Si loin de l’Euphrate rend compte de cette souffrance due aux années de dictature et à l’exil.

Cependant, fort de son expérience de calligraphe et de son érudition calligraphique, Hassan Massoudy continue de faire connaître l’art de la lettre arabe et du mariage entre l’Orient et l’Occident. Sa calligraphie bénéficie de l’expérience d’une double culture permettant ainsi à Hassan Massoudy de créer à son tour un art original et élégant.


Editeurs : Gallimard Alternatives, Collection « Pollen », 2009
80 pages
25 calligraphies en noir et blanc et 19 calligraphies en couleur
7 €

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