L’homme qui connut la mort de D.H. Lawrence

9782862272764_1_75

Un homme nouveau

Cet ouvrage est un travail de collaboration entre un peintre, un calligraphe et une traductrice. Michel Biot est peintre. Il a une place importante dans le monde de la peinture contemporaine. Il expose ses œuvres en Europe et aux Etats Unis. Ses toiles sont dans plusieurs grands musées. Ses thématiques sont centrées sur les éléments naturels (eaux, arbres, astres, pierres…) sublimés par la lumière. Cette quête de l’émotion et de la nature correspond totalement au langage charnel d’un texte comme celui-ci écrit par D.H.Lawrence.

Jean-Jacques Grand est calligraphe. Il s’intéresse surtout au dessin de la lettre et à la création des signes typographiques. De là, il passe tout naturellement à la calligraphie. Il a publié l’Equilibre immédiat. Dans cette œuvre il exalte l’architecture de la mise en page comme l’élégance et l’équilibre de la lettre.

Hélène Starozum est traductrice, journaliste, assistante de production de télévision, d’édition et aussi historienne. Ses approches et connaissances lui ont permis de s’intéresser de près aux contradictions de D.H.Lawrence, à ses problématiques sur l’idéologie, la société, la sexualité et les normes. Sa traduction de The Man who died fait émerger pour le public français le lyrisme et le panthéisme de l’auteur de Sons and Lovers.

L’adaptation du texte de D.H.Lawrence connu pour ses fameux romans Lady Chatterley et de Amants et fils est un travail réussi, fruit d’une collaboration entre trois talents venus d’horizons différents. L’homme qui connut la mort (la traduction littérale est ici réussie) est scindée en deux parties, d’abord le réveil entre les morts de l’homme aux cinq plaies. Puis vient ensuite la section intitulée « Isis » dans laquelle l’homme rencontre une prêtresse d’Isis et s’unit à elle.

Le texte de D.H.Lawrence, encore une fois, dérange la société bien pensante de l’époque car il réécrit ici une partie du Deuxième Texte (ou Nouveau Testament si vous préférez) et la plus dogmatique. En effet, si le dogme chrétien fonde sa croyance sur le Salut qui passe par la Résurrection et donc génère l’Espérance, D.H.Lawrence abat la doctrine et la théologie de la rédemption qui considèrent cela comme un Avènement. Il l’abat de façon merveilleuse car il donne à L’homme qui connut la mort (A aucun moment, il ne l’appelle par une sémantique chrétienne « Christ » ou « Messie ». Et c’est cela qui est subtil) une dimension non pas désincarnée, non pas une essence pure mais un être de chair et de sang!

D.H.Lawrence montre ici toute sa compassion humaine pour ce prophète mis à mort et revenu à la vie et qui doit réapprendre à contempler de nouveau le soleil et la vie. L’auteur réussit une prouesse grandiose: ce n’est pas L’homme qui connut la mort qui verse la compassion divine sur la tête des hommes mais c’est l’auteur, humain, trop humain qui lui donne à lui, enfant semi divin, la compassion et la tendresse. Le lecteur ne peut pas s’empêcher de penser à la réplique de Don Juan de Molière qui après avoir éprouvé un pauvre, lui jette la pièce en lui disant « Je te le donne pour l’amour de l’humanité » (Acte.III/scène.2). De plus, au fil de la lecture, le lecteur verra, une transformation de L’homme qui connut la mort. Revenu à la vie, il s’efforce surtout d’ aimer. Défait de sa mission, il n’est plus entravé et de ce fait, honore la nature, la vie, la femme et Isis. Affranchi de son « Père » qui l’a livré aux hommes, il vit et glorifie non plus l’amour désincarné ou le rigorisme mais le charnel, le panthéisme et la liberté retrouvée.

L’homme qui connut la mort est un récit peu connu de D.H.Lawrence. Les éditions Gallimard Alternatives offre ici un très bel exemple du mariage entre la littérature, la peinture et la calligraphie. Le texte est donc magnifié. Chaque émotion, chaque changement d’état intérieur est illustré par une toile et des calligraphies latines aux formes changeantes.


Traduction de l’Anglais de Hélène Starozum
Illustré par les peintures de Michel Biot et des calligraphies de Jean-Jacques Grand
Editeurs : Alternatives, Coll. « Grand Pollen », 2001
22 €

Publicités
Cet article a été publié dans Littérature anglaise, Littérature et Calligraphie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s