Comme dans un conte de Kim Kyung – Uk

9782367270364
Ce que les contes ne disent pas…

Le roman de Kim Kyung – Uk se présente comme un théâtre d’ombre bien connu dans la culture populaire du Sud Est asiatique. D’abord, la présentation des personnages totémiques, la Reine des Larmes et le Roi du Silence. Ces derniers vont vivre une histoire d’amour semée d’embûches et de souffrance. Maudits par des forces maléfiques, ils ne connaissent le bonheur qu’en frôlant la mort.

Placés sous la présence tutélaire de ce couple de conte, Kim Kyung – Uk fait évoluer ses personnages dans l’univers qui leur est dévolu : le roman, copie du monde réel. Les protagonistes ont pour nom Myeong –jé pour le garçon, communément appelé Lui et Jang –mi la jeune femme, connue sous le pronom Elle.

Campés dans leur rôle respectif, Kim Kyung – Uk déroule leur histoire en quatre actes. D’abord, la rencontre. Les jeunes gens sont à l’aube de leur vie. Ils sont à l’université. C’est l’âge des possibles, c’est encore l’insouciance des années d’étude et de quête de soi. En conteur expert, la langue épouse les attitudes, les comportements des promis. Le lecteur devine les hésitations, les balbutiements des corps qui cherchent à se rencontrer, en vain. Le vrai rapprochement ne se fera que dans le second acte lorsque Lui et Elle ont muri et ont été quelque peu ballotés par l’existence. Ils se redécouvrent, s’invitent et se marient. Mais le conte ne s’arrêtera pas là. En effet, comme Elle nous le fait remarquer, il y a une partie de vie dans le conte qui est passée sous silence. Il s’agit de l’après mariage, de la vie de couple à l’écart des regards indiscrets. C’est ce qui suit la fin du conte, juste après la phrase talisman « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ».

 « Oui, une fois mariés, les dimanches n’étaient plus comme avant. Les splendeurs de l’époque où l’amour était une aventure avaient beaucoup pâli sous la poussière qui se levait quand elle secouait des chaussettes roulées en boule : il était très attentif à ranger minutieusement chaque chose, mais il avait pour habitude d’enrouler comme une balle les chaussettes qu’il venait de quitter et de les jeter n’importe où. Il fallait qu’elle regarde sous tous les meubles ayant des pieds. Il lui était même arrivé d’en retrouver dans un tiroir de bureau. Ce qui était roulé comme une balle, ce n’était pas tant les chaussettes que l’heureuse époque désormais passée, l’âge d’or de la jeunesse auquel il était impossible de retourner. Ça ne servait à rien de rouspéter. »

Cependant, ce serait une erreur de penser que le roman suit une courbe pessimiste. Au contraire, l’auteur use de son talent de conteur pour donner au récit une trajectoire dynamique et haletante. Loin d’être un roman d’amour standard, il s’agit ici d’une écriture expérimentale. Kim Kyung – Uk réintroduit les contes asiatiques et occidentaux les plus connus comme Le petit chaperon rouge, Raiponce, La petite sirène et bien d’autres encore pour mieux les réadapter au monde moderne où le moteur de toute vie reste la recherche de l’amour et du bonheur. Les adjuvants et les forces féériques ou néfastes du conte revêtent le masque de la névrose et/ou d’une histoire familiale trop lourde à porter et qui freine le développement personnel et psychique. Ainsi, notre héroïne doit-elle traverser la vallée des larmes, connaître les bienfaits du divan de la psychanalyste pour se débarrasser de son ancien Moi et de l’imago maternel castrateur pour se réaliser pleinement. Kim Kyung – Uk insuffle tantôt la drôlerie, tantôt l’humour pour adoucir la dureté de l’existence pour nos personnages.

Et Comme dans un conte est un conte moderne doux amer destiné à affûter notre vigilance face aux promesses illusoires du monde. Et si ce roman nous incitait tout simplement à croire encore à nos rêves sans jamais s’oublier en chemin ?

Comme dans un conte est un roman extrêmement moderne car il rompt avec la tradition confucéenne qui veut que l’individu s’efface devant le groupe. En effet, l’auteur exhorte le lecteur à façonner sa vie en conte de fée. La réussite ou l’échec de ce conte personnel ne dépend que de lui et de sa capacité à diriger sa vie dans le sens que lui seul aura décidé.


Traduit du coréen par Choe Ae –young et Jean Bellemin – Noël
Editeurs : Descrescenzo, 2015
399 pages
17 €

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