La vie amoureuse de Nathaniel P. de Adelle Waldman

9782267026795
Le cas Nathaniel Piven

Nathaniel Piven est un jeune homme new yorkais à l’avenir prometteur. Alors qu’il a traversé une période difficile tant sur le plan professionnel que financier, la publication prochaine de son livre lui permet d’entrevoir une autre vie plus confortable. La notoriété est donc assurée et Nathaniel, Nat, pour ses amies continue toutefois à rester dans le même appartement mal rangé et à l’étroit. Ses habitudes ne semblent pas être bousculées : il voit toujours ses amis. Il fréquente les restaurants branchés de New York et collectionne des conquêtes féminines soit pour une nuit soit pour une période courte avant de les quitter. En effet, pour Nate l’essentiel est ailleurs, dans les amitiés qu’il cultive, dans son travail et sa carrière. S’engager n’est pas dans l’ordre de ses priorités :

« S’il voulait avoir une relation avec quelqu’un, aucun argument ne le ferait changer d’avis. La question essentielle était sans doute qu’il ne voulait pas s’engager. Peu importe pourquoi. Son travail le comblait, et ses amis lui procuraient la conversation et la compagnie dont il avait besoin. »

Pourtant son badinage connaît un sérieux tournant lorsqu’il fait la rencontre avec une jeune femme du nom d’Hannah. La relation est plus sérieuse que ce qu’il avait prévu. Hannah bouscule les habitudes du bonhomme. Elle oblige Nate à reconsidérer la relation homme / femme. Aculé dans ses ultimes retranchements par la jeune femme, Nathaniel, dépassé, montre alors sa vraie nature et se comporte comme le dernier des goujats…

La vie amoureuse de nathaniel p. s’intéresse aux relations amoureuses surfées d’une certaine génération trentenaire de la bonne société new yorkaise. Adelle Waldman offre un ballet incessant d’êtres inachevés, narcissiques et nombrilistes. A l’exception d’Hannah, ils représentent ces jeunes femmes et hommes d’une élite new yorkaise bobo qui se préoccupe de leur apparence, de leur cours de yoga et des potins du microcosme littéraire. Nate, le protagoniste, porte étendard de cette génération indifférente et insouciante n’est pas dupe pour autant :

« Dans l’abstrait, Nate ; se dévouait à l’humanité –aux droits de l’homme, à l’égalité des chances, à l’élimination de la pauvreté. Il était, en théorie, compréhensif à l’égard des limites des autres : il fallait prendre en compte les causes profondes, les handicaps sévères causés par la stupidité, une culture de la consommation infantilisante, et ainsi de suite. Mais lorsqu’il réglait le microscope pour grossir l’image, les êtres humains prenaient un aspect de plus en plus déplaisant. Ils paraissaient cupides, crasseux, hypocrites, vains. Le sexe, la pulsion sexuelle, était un leurre –une illusion fabriquée par un organisme animal qui ne cherchait qu’à se perpétuer lui-même. Le maquillage, la coiffure, les membres épilés, la musculature tonifiée par le sport, les manières raffinées, le vernis protecteur de la jeunesse, la réussite et même la gentillesse –n’étaient-ils pas simplement une couverture pour le « je » pathétique, rapace, qui se cachait derrière ? »

Même s’il est vrai que Nate est creux et détestable par son comportement vis-à-vis des femmes, il n’en est pas moins vrai que ses revendications s’avèrent être aussi légitimes que les motivations des personnages féminins revanchards et vindicatifs. En effet, pourquoi le désir de Nate de ne pas s’engager dans une relation amoureuse est –il plus condamnable ? Le récit pose ici une réflexion assez intéressante sur le désir masculin et son implication dans une relation amoureuse. Les femmes qui gravitent autour de Nate –Hannah y compris –ne bénéficient pas d’une grande sympathie du lecteur. Vaines, narcissiques, égoïstes optant pour un féminisme de salon, elles ont tendance à ne pas prendre en compte l’autre et ses aspirations.

« (…) les mêmes femmes qui s’empressent d’accuser les hommes d’immaturité quand ils n’ordonnent pas leur vie autour d’une relation de couple douillette ne reprocheraient jamais à une fille d’être immature parce qu’elle refuse d’avoir des enfants. Si quelqu’un suggère que ce choix n’est pas forcément le bon, elles sont furieuses. Non, les femmes tiennent ce discours sur les adultes matures seulement lorsque cela sert leur cause, quand elles cherchent des arguments pour en vouloir à un malheureux garçon qui n’agit pas selon leur désir. Ce n’est pas contradictoire : cela signale leur refus de prendre au sérieux les préférences des autres. C’est une pulsion tyrannique. Il faut vraiment que quelqu’un le dise. »

Et c’est probablement ce choix d’approche qui met en exergue l’incompréhension homme / femme qu’Adelle Waldman réussit son pari, celui de peindre une satire des mœurs d’un microcosme privilégié new yorkais. Bien que le récit reste tout de même plaisant (comme le charme mignonnet d’un enfant) et léger (comme l’insoutenable légèreté de ses personnages), force est de constater que l’écrivaine américaine a su avec habileté parodier un certain type de « virilité » triomphant ainsi qu’une forme de féminisme bête et méchant.


Traduit de l’Américain par Anne Rabinovitch
Editeurs : Christian Bourgois, 2014
331 pages
19 €

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