La favorite de Yasushi Inoué

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L’histoire d’une Impératrice de Chine

Comme toujours, Inoué Yasushi nous offre ici un roman historique hors du commun. Dans Le château de Yodo il explore l’époque chatoyante d’Hideyoshi. Dans Le loup bleu il s’accorde une interrogation philosophique sur les conquêtes de Gengis Khan. Avec La favorite, l’auteur nous entraîne avec lui dans la Chine impériale du VIIIème sous les fastes de la dynastie des Tang.

Il retrace ici le portrait d’une impératrice célèbre de la Chine, il s’agit de Yang Kouei-fei. Son ascension est fulgurante: elle passe de simple objet de convoitise (elle était la jeune mariée du fils de l’Empereur, Siuan -tsong) à la principale concubine pour ensuite devenir la « Précieuse Epouse ». Historiquement parlant, elle était comme ses comparses (Wou Tsô-tiên par exemple), une Impératrice de fer, une intrigante et une femme de pouvoir autoritaire n’hésitant pas à « neutraliser » ses ennemis. Cependant, elle n’a pas su rallier ses « amis » à sa cause lors de la révolte d’An Lou-chan. Elle va y perdre sa vie (à l’âge de 38 ans après 16 ans de pouvoir sans partage), accusée d’avoir ébranlé le pouvoir de son divin Empereur. La cause politique prime sur le bonheur individuel: l’Empereur va la sacrifier pour raffermir son autorité royale.

Yasushi Inoué dans son formidable roman décrit le destin extraordinaire de cette femme. Il cherche à comprendre ses motivations, ses choix, ses attitudes à travers une grille de lecture psychologique. De ce fait, il s’efforce de montrer les failles de cette impératrice et aussi celles de l’Empereur vieillissant. Plus encore, il restitue les fastes et magnificences d’une cour chinoise du VIIIème siècle en pleine extension territoriale vers le Sud et l’Ouest. C’est une époque où fleurissent les arts et les lettres (la poésie, l’expansion du bouddhisme…). Il décrit cette cour faite de bruits et de fureurs de vivre. Il reste cependant lucide car dans cette peinture, on aperçoit déjà le déclin de l’empire. En effet, la révolte d’An Lou-chan marque la fin de la période médiévale et renforce l’affaiblissement du pouvoir de Siuan -tsong au profit des favoris et des seigneurs de province.

Dans La favorite, Yasushi Inoué réalise un art reposant sur un équilibre entre la concision du mot et la profusion de détails psychologiques laissant voir le devenir de ces vies « fugitives » entraînées dans les tourbillons de l’Histoire sans pourtant livrées tout leur mystère.


Roman traduit du japonais par Corinne Atlan
Editeurs : Philippe Picquier Poche, 1994
248 pages
8 €

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