Les trois lumières de Claire Keegan

trois-lumieres-01
Fragilité

« Regarde, il y a trois lumières maintenant à l’endroit où il n’y avait que deux » dit Monsieur Kinsella à la petite fille qui vit chez lui. Ainsi le lecteur devine-t-il dans cette simple phrase prononcée par un homme qui n’aime guère converser, une métaphore de sa famille reconstituée…

Le roman de Claire Keegan met en exergue deux destins, celui d’une enfant abandonnée et celui des Kinsella.

Dès les premières pages, le lecteur assiste à un étrange voyage. Une voiture roule à travers champs par une chaude journée d’été dans une Irlande rurale. Dans la voiture, il y a un père et sa petite fille. Tous deux savent très bien où ils vont mais préfèrent échanger des banalités dans cette voiture. Le père va laisser sa fille dans une ferme du Wexford. Il repart en oubliant de décharger ses bagages.
 Issue d’une famille misérable, la petite fille grandit entre ce père totalement inconscient et une mère réduite à l’état de « femelle » subissant grossesse sur grossesse tout en assumant le travail pénible des champs. Le lecteur assiste à l’abandon de la petite fille par son père car ses parents ne peuvent plus s’occuper d’elle. L’enfant quitte sa famille et fait son entrée chez les Kinsella. Ces derniers vivent retirés dans une ferme isolée. Au fil des pages, Claire Keegan distille les indices et on apprend que ce couple a survécu à un terrible événement… Ils vivent seuls et portent en eux un lourd chagrin que le temps ne parvient pas à apaiser. La venue de la petite fille va progressivement permettre de consolider les liens entre ces êtres brisés par la vie. L’enfant apprivoise le silence et découvre les non – dits. Elle fera sienne l’émotion qui se dégage des caresses et de la douce affection des Kinsella à son égard.

Les trois lumières est un très beau roman. Claire Keegan se fait peintre. Par petites touches, elle reconstitue l’histoire des êtres. Ses mots sont simples, ses phrases sont dotées d’un pouvoir suggestif car tout est dans la retenue et la pudeur. Rien n’est ni trop dit ni trop dévoilé. C’est au lecteur de deviner l’émotion, l’intensité des vies vécues au travers l’histoire de ces trois êtres, de ces trois lumières qui tentent de maintenir une sorte de solidité, de trinité et d’harmonie contre la cruauté du monde.


Traduit de l’Anglais (Irlande) par Jacqueline Odin
Editeurs : Sabine Wespieser, 2011
122 pages
14,20 €

Publicités
Cet article a été publié dans Littérature irlandaise. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s