Le rêve du retour de Horacio Castellanos Moya

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Les affres du retour à la terre natale

Dès les premières pages du roman, le lecteur fait connaissance avec un étrange narrateur. Celui-ci est secoué par une douleur insupportable qu’il attribue aux caprices de son foie. Au comble de son malheur, il apprend que son médecin attitré a arrêté d’exercer et a quitté le Mexique ! Il entame donc une recherche qui le mène vers la maison de Don Chente, un médecin ostéopathe et de surcroît acupuncteur. Celui-ci l’accueille et le soigne. Il le soulage de ses maux mais entreprend aussi de guérir son esprit agité. En effet, au fils des pages, le lecteur apprend que le narrateur est un journaliste salvadorien. Obligé de quitter son pays pour sauver sa vie, il s’est exilé au Mexique. Comme le Salvador négocie un retour à la paix, notre narrateur, Erasmo Aragon quitte son travail à Mexico pour entamer le voyage de retour vers son pays natal. Il voit dans ce départ, une opportunité pour quitter sa compagne et la fille qu’ils avaient eu ensemble. Cependant, la disparition de don Chente inquiète Erasmo. Les souvenirs traumatisants liés aux contextes historiques de son pays refont surface et deviennent obsédants. Progressivement notre personnage s’enfonce dans la paranoïa. Ses tourments compliquent son retour au pays. Ainsi ce départ qui était souhaité devient un élément perturbateur laissant Erasmo dans l’angoisse et le désarroi…

« Pourquoi jusqu’à cet instant avais-je été tellement sûr que rien de mauvais ne m’arriverait si je retournais au pays alors que la guerre civile n’était pas encore terminée ? D’où m’était venu cet enthousiasme, ingénu et même suicidaire, qui m’avait fait envisager le rêve du retour non seulement comme une aventure excitante, mais comme un pas en avant qui me permettrait de changer de vie ? Qu’est-ce qui me faisait croire que les militaires salvadoriens comprendraient que je n’étais pas un militant guérillero mais un journaliste indépendant, qu’ils oublieraient facilement la flopée d’articles contre l’armée que j’avais écrits durant mon exil mexicain ? »

Avec Le rêve du retour, Horacio Castellanos Moya s’attèle avec brio à nous décrire des personnages au bord de la rupture. En effet, derrière la façade d’une vie « normale », l’auteur démonte le mécanisme et met en exergue les peurs, les angoisses et la déconfiture d’un personnage confronté à la question du choix. Avec tact, Horacio Castellanos Moya renverse une situation initiale, le retour au pays, considéré par le protagoniste comme une aubaine pour mettre fin à une routine, en un cauchemar. Erasmo Aragon est tourmenté face à l’inconnu. La supposée disparition de don Chente alimente les fantasmes paranoïaques de notre journaliste. En effet, celui-ci reste perplexe et s’imagine –peut-être à tort ? –que son médecin a sûrement été arrêté et détenu dans un lieu secret… Le lecteur est habitué à l’univers déjanté de Horacio Castellanos Moya depuis ses très remarqués romans Le bal des vipères et Effondrement. La virtuosité de l’auteur réside dans sa capacité à mettre en exergue la douce folie de ces personnages principaux pris en tenaille entre une médiocrité du quotidien, le désir de changement et les affres de l’Histoire.

Le rêve du retour renoue avec la description politique des pays d’Amérique Latine. Cependant la dimension historique est seulement en filigrane. Elle sert de prétexte et de catalyseur pour expliciter un effondrement intérieur. Avec subtilité, Horacio Castellanos Moya veut aussi souligner l’impact de la dictature salvadorienne et les chaos qu’elle a engendrés sur la névrose des êtres broyés par l’Histoire.

Encore une fois, les éditions Métailié nous offre un beau présent avec cet opus. Le style de l’auteur de La servante et le catcheur –paru en poche –est toujours aussi alerte et nerveux. L’humour corrosif des situations concoure à renforcer la ligne dynamique de la narration. Le lecteur s’en délecte grâce aussi à un travail de traduction qui restitue avec fidélité l’esprit d’Horacio Castellanos Moya.


Roman Traduit de l’Espagnol (Salvador) par René Solis
Editeurs : Métailié, 2015
160 pages
17 €

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2 commentaires pour Le rêve du retour de Horacio Castellanos Moya

  1. jostein59 dit :

    Je suis contente de retrouver mon lecteur Worpress afin de suivre l’actualité de mes blogs. Ça ne fonctionnait et je ne sais pas pourquoi. Enfin, bref, je te retrouve au quotidien….j’ai lu une chronique de ce livre chez Jérôme qui ne m’a pas vraiment donné envie. Je n’ai jamais lu cet auteur mais je ne suis pas totalement attirée. Et puis, j’ai tant de lectures en ce moment.

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