Le château du baron de Quirval de Choi Jae – Hoon

9782367270357
A la recherche du monstre

Les amoureux d’une littérature classique trouveront dans ce roman-ci de Choi Jae – Hoon, une armature narrative qui pourra les surprendre. En effet, plusieurs récits se chevauchent et n’ont en apparence aucun lien entre eux. Seul le thème du monstrueux est présent et traverse les histoires. Le lecteur doit s’armer de patience car le récit final permet d’embrasser toute l’unité du roman…

En effet, l’auteur, dès le titre, semble adresser un clin d’œil, ou un hommage à la littérature occidentale depuis le sulfureux récit gothique de Marie Shelley, Frankenstein au très méconnu roman d’un certain Michel Perrrault, Le château du baron de Quirval. Mais pas seulement car l’intrigue s’ouvre aussi sur une analyse filmique du très controversé réalisateur Edward Fisher. Ce dernier a voulu réadapter le texte de Michel Perrault. Aussi, l’entreprise de Choi Jae – Hoon n’est pas seulement de pratiquer avec brio une forme d’intertextualité afin de mettre en exergue la complexité d’un thème gothique : la naissance d’un monstre. Il veut aussi scruter l’image de l’écran pour en extraire le traitement que le 7ème Art réserve aux monstres célèbres de la littérature occidentale de la fin du 18ème jusqu’au 19ème siècle, période marquée par le Romantisme avec l’exacerbation des sentiments mais aussi par les Révolutions industrielles et le positivisme. C’est pourquoi, le personnage de Sherlock Holmes est présent dans le roman. Choi Jae – Hoon désire connaître la confrontation entre le monstre et la science et la réponse de celle-ci face à l’horreur indicible d’un baron, buveur de sang et cannibale ou du monstre de Frankenstein.

L’aspect hétéroclite du roman est marqué par l’absence de frontière spatio-temporelle. Le narrateur (qui est l’auteur lui-même) n’hésite pas à convoquer Marie Shelley pour un entretien. Sherlock Holmes se retrouve face à son créateur, Conan Doyle, pour une enquête plus qu’insolite. Tout le roman est placé sous le signe du rebondissement et de l’effet de surprise. Le lecteur n’est jamais au bout de sa peine. Il est toujours éconduit par l’ auteur qui se délecte de son air perdu. Force est de constater que Le château du baron de Quirval constitue un labyrinthe dans lequel le lecteur pénètre à ses risques et périls. L’exagération des situations et des personnages, les événements invraisemblables, le rythme nerveux du style et l’humour placent le roman sous le signe du baroque jusqu’à la scène finale où le rideau se lève enfin…

Le château du baron de Quirval déconstruit les codes du roman. La superposition des intrigues et la présence en arrière plan d’une Corée du Sud contemporaine à travers la voix de l’auteur dotent le récit d’un caractère étrange. A plus d’un titre, pour le lecteur, Le château du baron de Quirval reflète une Asie qui s’interroge sur le patrimoine littéraire occidental et son rapport avec l’acte démiurgique de l’extrême Orient asiatique. Choi Jae – Hoon jette un pont entre deux mondes. En convoquant Marie Shelley, Conan Doyle et sans le dire, le Marquis de Sade lui-même, il dialogue avec l’absent, il contemple l’héritage du passé. Il cherche le lien, la continuité avec le présent dans le processus de création quelque soit où on se trouve dans le monde.


Roman traduit du Coréen par Choe Ae – Young et Jean Bellemin – Noël
Editeurs : Decrescenzo Editeurs, 2015
262 pages
16€

Publicités
Cet article, publié dans La littérature coréenne, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s