Cris, murmures er rugissements de Marcello Fois

9782021181692
Cris et Chuchotements 

Pour ceux et celles qui ont vu le film d’Ingmar Bergman, Cris et chuchotements, ils verront qu’il y a des accointances entre la relation sororale traitée chez le cinéaste suédois et celle relatée ici par l’écrivain italien, Marcello Fois.

Dans Cris, murmures et rugissements, Marcello Fois dépeint le bref tête à tête entre deux jumelles, Marinella et Alessandra. Ces deux femmes se retrouvent dans l’appartement exigu de leur défunt père. Dans ce huis clos, les deux sœurs s’affrontent dans un combat sans merci. L’offensive et agressive Alessandra profite du temps donné pour régler ses comptes avec sa sœur à qui elle reproche sa faiblesse et son apparente bonté d’âme. Mais au fur et à mesure de la confrontation, Alessandra ne semble pas emporter la bataille. Le lecteur entrevoit ses failles et sa douleur causée par une double trahison : celle de son père qui a déserté le foyer puis celle plus récente de son mari qui la quitte. Sa hargne, sa cruauté et sa violence verbale sont-elles suffisantes pour la protéger de Marinella, la sœur aux apparences inoffensives, méprisée par Alessandra ? Que cache Marinella face à sa sœur à qui elle hésite à faire une ultime confidence ? Quel va être l’issue de ce combat mortel entre elles deux ?

Cris, murmures et rugissements est un court roman scindé en quatre actes car il se rapproche de la tragédie dans laquelle, l’intensité tragique tient le lecteur en haleine. Le huis clos renforce le caractère impitoyable des deux prédatrices que l’auteur évoque tantôt comme des lionnes ou des hyènes en position d’attaque, tantôt des antilopes encerclées et traquées :

« Alessandra perçoit cette lueur de réaction, chez sa sœur, avec la déception qui anime la lionne au moment où elle assiste au dernier élan de vie de l’antilope dans la contraction électrique de son tendon et, sous l’effet de cette déception, appuie la patte sur le nez de sa victime. »

Et Marcello Fois intensifie la mise à mort en transfigurant le décor : l’appartement devient la savane, la jungle où se tapissent les dangers et où la mort rôde :

« (…) le papier peint à motifs végétaux dont la pièce était revêtue obscurcissait radicalement la lumière, à croire qu’elles s’étaient enfoncées dans un entrelacement de mangroves s’opposant aux rayons du soleil. Des interstices, des tuyaux, des fentes, jaillissaient cris de macaques et sifflements de vipères que Marinella et Alessandra entendirent avec clarté (…)
En se reflétant sur le papier peint vert foncé, la lumière évoquait un marécage, ou plutôt une jungle reproduite in vitro, si bien que tous les sons –gargouillement de tuyaux, glissements de rideaux, sifflements de courant d’air –pouvaient être rapportés à des hyènes, des singes ou des serpents. »

Cris, murmures et rugissements est un roman intéressant par les thèmes abordés (la rivalité sororale, l’ombre du père et le rapport père/fille) et par l’angle d’attaque choisie. Cependant, malgré l’atmosphère oppressante et le travail sur les personnages, le lecteur reste sur sa faim car le récit aurait pu être plus approfondi et les portraits psychologiques plus affinés. Malgré tout, Cris, murmures et rugissements offre un agréable moment de lecture.


Roman traduit de l’Italien par Nathalie Bauer
Editeurs : Seuil, 2015
150 pages
16,50

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