Miniaturiste de Jessie Burton

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L’apprentissage de Petronella

« (…) la femme tient un moment le battant ouvert pour l’oiseau. Il sent son effort, mais choisit de s’envoler derrière la chaire.
(…) Passereau, songe –t –elle, si tu crois que ce bâtiment est un lieu plus sûr, ce n’est pas moi qui te libérerai ! »

Lorsque Petronella Oortman arrive dans la maison de son époux, elle a à peine 17 ans. C’est donc encore une enfant vivant auprès de sa mère dans sa campagne hollandaise. Pour fuir la misère et les dettes contractées par son défunt père, la jeune fille accepte un mariage arrangé avec Johannes Brandt, un riche marchand puissant d’Amsterdam. Mais son installation dans l’imposante demeure de son époux s’avère être difficile d’autant plus que Marin, sa belle-sœur ne semble guère la porter dans son cœur. Elle découvre l’étrange attitude de son mari qui la délaisse dès la nuit de noce.

« Après la cérémonie, en septembre, à Assendelft, une fois leurs noms inscrits dans le registre de l’église, ils avaient dîné brièvement chez les Oortman, et Johannes s’était éclipsé. (…) Sa nuit de noces, la jeune mariée Nella l’avait passée comme depuis des années, tête-bêche dans le même lit que sa sœur, qui se tortillait comme un ver. C’est pour le mieux, se dit-elle en se représentant jaillissant des flammes d’Essendelft sous la forme d’une femme nouvelle : une épouse, et tout ce qui va avec. »

Profitant de son cadeau de mariage, une belle maison de poupée, Nella décide d’orner cette demeure en miniature.

« Sur le carrelage, un énorme cabinet ouvert se dresse, dominant Johannes de la moitié de sa taille. Il est démesuré, ce cabinet géant soutenu par huit pieds incurvés et solides, deux rideaux en velours couleur moutarde tirés sur sa façade. »

Commence alors pour elle une aventure inquiétante : le mystérieux artisan miniaturiste lui expédie régulièrement des personnages qui semblent raconter les instants tragiques de sa vie. La peur s’installe et Nella va découvrir des secrets qui vont faire basculer sa vie et celle de ses proches à commencer par Johannes…

Miniaturiste est un premier roman remarqué de la jeune Jessie Burton. En effet, elle conjugue l’art du suspens au dynamisme d’un récit d’aventure. Sur fond d’un amour impossible, elle déplie les êtres en les revêtant d’une dimension tragique. Elle place ses protagonistes devant des choix intenables pour étudier leurs réactions et sentiments.

Mais pas seulement. Au travers de ce récit, la lecture peut être plurielle. En effet, l’auteur hisse la ville d’Amsterdam au rang de protagoniste. La capitale du Pays – Bas du 17ème siècle toise les autres grandes et puissantes villes européennes. C’est le florilège des arts et l’essor économique de la ville qui côtoie toutes les couches sociales de la société flamande. Jessie Burton insiste sur le pouvoir des guildes et des confréries de marchands. Elle jette sa protégée, Nella dans l’arène de ce monde impitoyable. La jeune fille doit se débarrasser de sa condition de femme fragile pour pénétrer dans l’univers clos des négociants. Elle doit reconsidérer son point de vue étriqué et voir au delà des apparences. C’est au contact de son époux et de l’intégrité de celui-ci qu’elle ouvre enfin les yeux sur ce qui a été sa vie…

Ainsi, Miniaturiste est non seulement un roman d’apprentissage mais aussi un hommage à des figures de femmes fortes qu’elles soient Marin, la mystérieuse miniaturiste ou encore Nella. Face à l’hypocrisie d’une société régie par l’argent et le puritanisme, ces femmes symbolisent un autre ordre qui tient tête aux diktats d’une morale bien pensante.

Il est sans conteste que Jessie Burton nous offre là un travail de très bonne facture. A aucun moment le lecteur entrevoit une faiblesse dans l’écriture. Le travail est minutieux et témoigne d’une recherche approfondie sur l’Amsterdam du 17ème siècle. Le style est alerte et le lecteur bénéficie d’une traduction de qualité qui respecte aussi bien la tension dramatique des dialogues que des passages descriptifs. En conclusion, le lecteur flâne agréablement sur les berges et les ruelles de la ville en compagnie d’un auteur de talent.

 » Tout ce temps, songe –t –elle, j’ai été observée et protégée, instruite et raillée. Elle ne s’est jamais sentie aussi vulnérable. Elle est là, perdue au milieu de tant de femmes d’Amsterdam, de leurs peurs secrètes, de leurs espoirs. Elle n’est pas différente d’elles. Elle est Agnes Meermans. Elle est la fillette de douze ans. Elle est la femme qui pleurera son mari chaque jour. Nous sommes légion, nous les femmes envoûtées par la miniaturiste. Je croyais qu’elle voulait ma vie, mais, en, vérité, elle a ouvert ses compartiments et m’as permis de regarder à l’intérieur. »


Roman traduit de l’Anglais par Dominique Letellier
Editeurs : Gallimard, Coll. « Du monde entier », 2015
505 pages
22,90 €

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2 commentaires pour Miniaturiste de Jessie Burton

  1. jostein59 dit :

    Bizarre, je t’avais perdu sur mon lecteur WordPress. Je vais avoir une foule d’articles à rattraper…Je n’ai lu que de bonnes critiques sur Miniaturiste. Retrouver Amsterdam, une figure féminine forte me tentent beaucoup.

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