Le papillon et la lumière de Patrick Chamoiseau

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« Je ne peux rien décider de ta vie, ni de ton courage »

Chronique d’Abigail

Le papillon et la lumière livre à la lecture un conte philosophique offert par la plume de Patrick Chamoiseau et illustré par Ianna Andreadis. La jonction de ces deux sensibilités conduit à un livre-objet dans lequel les planches épousent l’esprit du récit.
La sobriété et l’économie du trait, son mouvement, se font l’écho de la simplicité apparente de l’histoire du papillon qui n’a de cesse de s’interroger sur la lumière.
Ce récit vient capter un lecteur qui en perçoit le souffle intime murmurer jusqu’à son oreille. Avec le « jeune fringuant » il découvre la peinture poétique de la descente de la nuit sur la ville. C’est un lexique et une méditation sur l’embrasement entre le jour et la nuit, l’étreinte de la lumière par les ombres, et le révélation du caché, du dormant, du « pas vraiment visible » qui crée le chemin vers l’intériorisation. Tant et si bien que par ces interpénétrations ombre-jour, la géographie même de la ville entre les zones violemment soumises aux éclairages artificiels et celles habitées d’ombre, devient une présence et un personnage dans ce qui ressemble fort à un conte philosophique. Un conte de transmission et d’initiation sur la quête du sens de cette vie.
Ainsi, les jeunes papillons de nuit, convaincus d’immortalité, s’en vont mourir par dizaine, livrant un fougueux assaut à ces lampadaires qui les achèvent, les brûlant vifs. Sauf un… Qui s’interroge, qui hésite, qui résiste… Qui, à part, ne saisit pas bien la raison de cette danse avec la mort…. Ce jeune fringuant, alors, se sent attiré par le « Mélancolique » , le vieux papillon, comme par une lumière… Et voilà que le fringuant n’a de cesse d’interroger l’ancien, de relever la perfection de sa paire d’ailes qu’aucune brûlure de lampadaire ne corrompt. Et voilà qu’ une question répond à ses questions. Qu’une considération contraire rétorque à une considération qu’il croyait juste. Car il doit apprendre qu’une Vérité n’en n’est est une; elle est surtout: » Une trace de fortune pour traverser l’abîme. »
Le vénérable déroule la pelote des questions du Fringuant, l’accouche de ses conclusions propres sur l’existence et la façon de la remplir. C’est une maieutique tendre, poétique, une initiation dans le renvoi constant à soi même. Il faut demeurer modeste, car, au final: » (…) c’est tout le monde qui doit se dépêcher d’être heureux. C’est le moment de l’être à tout instant pour tout le monde. » 
Ses réponses à l’allure d’énigme, ses propos obliques conduisent progressivement le jeune fringuant vers le silence de l’observation. Le Vieux accompagne la mutation du jeune. C’est là l’alchimie du silence qui amène à la révélation, à la trouvaille de la source de cette lumière. Le fringuant vit la transmutation vers l’Expérience. Il devient le Magnifique, il prend de l’âge, incarne à son tour le passeur.
Et, à un jeune papillon venu l’interroger à son tour sur l’origine de sa sagesse, il lui dépeint ainsi l’être extraordinaire du Vénérable: » Il s’est juste efforcé de devenir une lumière. Un être de lumière capable de trouver et de vivre l’inconcevable lumière que constitue la nuit. (…) c’est là le tout premier signe de la beauté ».
Ainsi s’achève ce conte. Sur cette phrase qui poursuit et chantonne dans la tête du lecteur, longtemps après…


Illustré par Ianna Andreadis
Editeurs: Philippe Rey, 2011
111 pages

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