Les fleurs noires de Santa Maria de Hernan Rivera Letelier

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La marche de la dignité

Dans ce roman, le lecteur est projeté au début du XXème siècle en 1907 au Chili dans le désert d’Atacama. C’est une année cruciale pour les mineurs des mines de nitrate appartenant à la compagnie salpêtrière San Lorenzo.

Le récit débute le 11 Décembre 1907, à l’aube. Le lecteur suit Olegario Santana, un mineur de cinquante-sept ans qui s’apprête à partir au travail :

« A six heures et demie du matin, vêtu de sa blouse de travail et de son pantalon de droguet rapiécé de toutes parts, Olegario Santana coiffe son panama et, sa bouteille d’eau pendue à l’épaule, se dirige à grandes enjambées vers la mine. »

Cependant, le protagoniste de cette histoire ne sait pas qu’il y a une grève décrétée par les ouvriers. Ces derniers réclament des droits et une augmentation de salaire. Le cortège de grévistes grossit de jour en jour et décide d’effectuer une longue marche à travers le désert pour venir faire connaître leurs revendications dans la petite ville de Santa Maria de Iquique.

« Le samedi 14 décembre, à quatre heures du matin, l’heure barbare à laquelle on se lève pour aller à la mine, la foule des grévistes, telle une grosse bête qui s’étire, s’était lentement mise en mouvement. (…)Quelqu’un nous a alors comparés au peuple élu marchant à travers le désert à la recherche de la Terre promise. Mais nous savions depuis longtemps que la manne ne nous tomberait pas du ciel, qu’il nous fallait aller la chercher, la gagner, l’exiger haut et fort. Voilà pourquoi nous marchions, défiant l’aridité planétaire du paysage pour réclamer un légitime morceau de pain contre chaque goutte de sueur et de sang versée au travail (…) »

Ainsi, le souffle épique devient le porte étendard du roman. L’auteur offre au lecteur un panel de personnages attachants livrés à la cruelle machine de l’Histoire. Olegario, Gregoria, Idilio et sa jeune amoureuse, Liria et tant d’autres vont être témoins et victimes des représailles de l’armée…

Les fleurs noires de Santa Maria est conduit par une écriture nerveuse et énergique. Oscillant entre le roman historique et la chanson de geste, Hernan Rivera Letelier réussit à ressusciter le conflit et le déploie sous les yeux ahuris du lecteur. Mineur et originaire de la région où a eu lieu la tragédie, l’auteur retrace un épisode sanglant de l’Histoire du Chili : le massacre de 3600 mineurs de tout sexe et de tout âge confondu lors de la fameuse grève de 1907. La lecture est haletante. Sans laisser aucun repos au lecteur, le récit le conduit dans un rythme effréné vers l’apothéose de la violence sociale où les crève la faim sont livrés en pâture à la voracité et la cupidité du capital. Il y a dans l’écriture de Hernan Rivera Letelier une dimension engagée à la Zola et on peut, en effet, rapprocher cette œuvre de Germinal tant son verbe est puissant et incantatoire.
Mineurs(http://users.belgacom.net/chili30ans/Cantata.htm)


Roman traduit de l’Espagnol (Chili) par Bertille Hausberg
Editions Métailié, Coll. « Poche », 2015
214 pages
10 €

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