Barny de Béatrix Beck

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Dieu ne m’a donné que moi
(Chronique d’Abigail)

Barny c’est le double littéraire de Béatrix Beck, grande écrivaine contemporaine qui se démarqua par son esprit d’indépendance farouche. Cette même volonté d’indépendance, et d’intégrité, n’aura de cesse de se refléter dans son oeuvre littéraire, originale, changeante.
Ainsi, celle qui naquit en 1914 en Suisse, fit le choix de devenir Française en 1955. Béatrix Beck s’éteint en 2008. Léon Morin, prêtre adapté pour le grand écran par Melville lui vaudra le prix Goncourt en 1952.
Bétrix Beck fut, tour à tour, femme de ménage, secrétaire de Gide, ouvrière, enseigna puis obtint d’être publiée. Son écriture évolue du fait d’une quête et d’une exigence personnelle. L’intransigeance de l’écrivaine se lit dans l’oeuvre à travers un questionnement sans complaisance autant intellectuel que spirituel. Elle écrit aussi sur les êtres en marge, elle qui en fut de ces parias économiques, tout en conservant en filigrane l’idée du savoir et l’écrit libérateurs; ainsi parait La Décharge.
Béatrix Beck expérimenta aussi, se penchant sur le langage, les sons, les distorsions de sens notamment avec Cou coupé court toujours. Elle produisit aussi des contes, des récits apparemment destinés à la jeunesse dans lesquels surgissent l’insolite, le merveilleux. Béatrix Beck cessa d’écrire et se tut jusqu’à sa mort survenue en 2008.
Barny
 sera publié en 1948 il s’agit du premier volet de ce que l’on peut définir comme un cycle autobiographique. 
D’emblée Barny se détache avec force du récit d’enfance attendu, genre littéraire obligé, souvent nimbé d’une aura de nostalgie, d’idéalisation. Ici, il n’en sera rien…
Chez Béatrix Beck, le ton se veut âpre, rugueux jusqu’à l’écorchure, cruel et drôle dans le même temps. Dans Barny, le lecteur suit le personnage éponyme de sa prime enfance à son entrée dans l’âge de femme.
Barny reçoit une foule d’impressions éparses, traduites par une narration qui juxtapose souvent des faits, les enchaîne sans transition réelle. Du regard que pose l’enfant Barny sur le monde qui l’entoure, le lecteur déduit l’extrême dénuement dans lequel évolue la fillette, élevée par une mère perpétuellement agitée, éplorée, qui se met en scène dans moults bavardages redoutés par sa fille. Car, en filigrane, c’est la folie maternelle qui court, danse, revient, hante l’esprit de Barny. Sourdement, elle exprime, au fil du texte, une angoisse intrinsèque, mais aussi un désir récurrent de voir sa mère morte. Fantasme d’une libération possible…
Une foule de personnages se dessine, entre et sort du monde de Barny, présents ou absents par intermittence, entretenant aussi une perpétuelle frustration affective et une solitude profonde. De tout cela, une impression carnavalesque émerge, un fatras d’êtres hauts en couleur, qui amène Barny à osciller entre l’extrême pauvreté et l’opulence sur un fond de ballottements. L’incohérence adulte est autant cruel que comique. Le déplacement, l’errance, les incertitudes marquent leur empreinte sur cette vie qui démarre.
Dans cet univers rugueux, marqué par le manque et l’âpreté, 3 thèmes s’imposent: l’avidité de Barny pour la connaissance, l’écrit, l’école. Cette soif intellectuelle se pose comme le terreau d’une inquiétude spirituelle.
La lucidité sans complaisance, la confrontation brutale aux cruautés présentes dans le règne de la nature. La vie se livre sans filtre ni fard.
Barny s’empare du désir d’un destin littéraire. Narre un mysticisme qu’elle cache aux yeux de tous. Et ne s’épargne pas elle même dans ses actes de petitesse, de cruauté gratuite motivée par le désir d’ appartenance. Elle décrit aussi avec humour son propre penchant masochiste, sa recherche des châtiments corporels, y compris ceux qu’elle destine à son malheureux lapin…
Tendresse, cruauté, ridicule se mélangent sur fond de bonnes intentions suspectes ou vouées à l’échec…
Béatrix Beck campa avec vigueur une Barny non dénuée d’ambiguité, de cruauté mais qui illustrent cette force du désir de vivre, de ne pas renoncer, de s’extirper. Celui de se faire un destin, tout simplement.


Editeurs: Gallimard, 1948
204 pages

20,30 euros

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