Nécropolis de Herbert Lieberman

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Je suis Minos

Les lecteurs passionnés de romans policiers ou de thrillers connaissent le nom d’Herbert Lieberman, reconnu pour ses œuvres d’une grande noirceur telles que La maison près du marais publié en 1984 et Le tueur et son ombre (1990). Mais son plus grand roman policier est sans conteste Nécropolis paru en 1976. Il se voit décerné le Grand Prix de littérature policière en 1978.

La particularité de ce récit tient à son identité indéterminée, à son métissage mélangeant enquête policière et drame psychologique. Plus encore, le curseur n’est pas pointé sur les unités d’enquête, du policier hors norme mais toute la narration se porte sur le médecin légiste Paul Koning. Le lecteur devient claustrophobe. Sa lecture l’entraîne loin de la lumière, de la vie pour le pousser dans un endroit obscur, silencieux et miteux qu’est la morgue de la ville de New York. Là où officie de grand maître des scalpels : le médecin chef, le docteur Paul Koning, homme taciturne, colérique, invivable et solitaire. Cependant, il ne faut point se fier aux apparences. Paul Koning est doté d’une intelligence hors du commun. Il est pénétré de sa science médicale et parvient toujours à identifier les causes d’un décès. C’est aussi de loin, un homme intègre refusant de faire des courbettes devant les politiques ambitieux aux dents longues.

L’intrigue se déroule du vendredi 12 avril à 8h15 et s’achève le dimanche 21 avril à 6h45. Durant ce laps de temps, Paul Koning parvient à résoudre une affaire de meurtre particulièrement macabre mais il voit aussi sa vie basculer au fil des heures.

Nécropolis se concentre sur plusieurs problématiques. D’abord, Herbert Lieberman brosse une peinture très contrastée de la Grosse Pomme. Il entraine le lecteur dans les bas fonds de New York, dans ses ruelles putrides des années 70 – 80 et des squattes miteux. Nous flirtons avec une population en marge et prête à tout. La description de ces coupe-gorges confère au roman une certaine dimension sociale des grandes villes de l’Amérique à la fin des années 70. Herbert Lieberman ne s’intéresse pas à l’affrontement entre les forces du Bien (les policiers, le médecin légiste) et la légion du Mal (les tueurs pervers, les criminels et dealers). Son univers est sombre, abrupte et sans illusion. Ainsi malgré sa ténacité et sa volonté de sauver son monde, Paul Koning ne parviendra pas à ses fins. Au contraire sa vie se délite…

Nécropolis est un roman dans lequel l’intrigue policière, médicale se mêle aux tourments des personnages. Paul Koning, bien que maître de sa morgue, de son monde fait de cadavres et de mutilations se débat et tente de survivre à ses tragédies intérieures. Le travail sur les protagonistes est ici porté à son paroxysme. Sans aucune pitié et concession, Herbert Lieberman jette ses héros dans un monde dont il sait pertinemment qu’ils ne s’en sortiront pas malgré leur volonté de survie. C’est que l’essentiel est ailleurs. Pour l’auteur de Nécropolis, l’important réside dans la lutte quotidienne contre le non sens et l’absurdité du monde. Le crime ne sera jamais éradiqué et gagnera toujours à la fin. Paul Koning le sait. Tel un roi sans couronne, il officie dans son noir royaume d’une main de maître abandonnant en même temps toute forme d’espérance. Il continue à rouler sa pierre comme Sisyphe…

C’est peut-être cette considération métaphysique (qui habite tout bon roman policier et particulièrement dans celui-ci) qui est le fil conducteur du récit. Elle régit le principe de vie des personnages. Herbert Lieberman atténue néanmoins cette vision pessimiste du monde avec un humour corrosif. Il se moque de son protagoniste dès l’ouverture du roman :

« Le psychiatre sait tout et ne fait rien. Le chirurgien ne sait rien et fait tout. Le dermatologue ne sait rien ni ne fait rien. Le médecin légiste sait tout, mais un jour trop tard. »

En conclusion, le lecteur voit augmenter son plaisir de lecture grâce à l’édition Point 2 du Seuil. Format malléable au papier extra fin, cette collection est pratique car elle ne prend pas de place dans la valise du voyageur. Elle a un poids léger pour 854 pages de bonheur et d’aventures. Une vraie trouvaille pour des lecteurs-voyageurs, les lecteurs errants dans l’univers sans fin d’Herbert Lieberman…


Roman traduit de l’Américain par Maurice Rambaud
Editeurs : Le Seuil, Point 2, 2012
(Ecrit en 1976)
850 pages
11,90 €

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