Zen de Maxence Fermine

Zen_hd
La voie du pinceau

Dans la culture japonaise, si la voie du sabre est primordiale dans la conduite et la vie du guerrier samouraï, d’autres arts entrent aussi en compte. Par leurs subtils mélanges, ils mènent l’individu vers la quiétude et l’illumination intérieures. Il en va ainsi de la pratique de la calligraphie, exercice ascétique à la recherche de l’équilibre parfait entre le vide et le plein, entre le yin et le yang.

Dans Zen, Maxence Fermine offre une intrigue dans laquelle Maître Kuro, un calligraphe confirmé, vit retiré et tout consacré à son art. Ainsi s’ouvre le roman :

« Chaque jour, de l’aube au crépuscule, Maître Kuro pratique l’art subtil de la calligraphie (…) Pendant de longues heures, dans un recueillement proche de la plénitude, il reste agenouillé devant un rouleau de papier de riz et le recouvre d’encre noire (…) Peu lui importent le vaste monde et ce qui le régit depuis des siècles. Il vit dans une bulle de vide, concentré sur son labeur et sur la direction, la forme et la finesse du trait qu’il dessine à main levée. Avec verticalité, harmonie, simplicité et élégance. Ainsi va la vie, tranquille et apaisante, de maître Kuro. »

Cependant au fil des pages, le lecteur s’interroge sur le mystère du Maître. Pourquoi cette solitude ? Qui est cette comédienne « aux yeux de jade » qui semble l’obséder ? Quelle est la signification du tatouage que le Maître porte sur son cœur ? L’arrivée d’une nouvelle élève va pousser le Maître à renouer avec son passé. Kuro est mis à l’épreuve et voit ses convictions ébranlées…

Dans ce court roman, Maxence Fermine trace avec finesse la complexité des sentiments et le déferlement de la passion dans l’âme des personnages. Avec la poésie qui caractérise ses pages, l’auteur opte pour la simplicité des mots et des images dépouillées pour dessiner les tempêtes intérieures et le ravage de la passion. Tout est dans la litote et l’euphémisme de sorte que les secousses, le séisme se déchainent bien au-dessous de la surface lisse de l’eau calme.

Comme son titre l’indique, il ne s’agit pas d’un récit sur le zen mais sur sa recherche, son initiation et son acquisition par la prise en compte des dettes karmiques, l’acception des changements et l’impermanence des choses. Atteindre l’état du zen exige aussi, au travers l’action de Maître Kuro, une vie de sacrifice entièrement vouée à l’art de la calligraphie :

« D’abord, il verse l’eau dans le creux de la pierre à encre, puis frotte lentement le bâton en mouvements circulaires contre la paroi. Ensuite, il saisit le pinceau entre ses doigts, le dispose à la verticale et, d’un geste ferme, applique la pointe sur le papier. Il laisse alors glisser sa main avec légèreté, avant de terminer le geste en diminuant la presse peu à peu.
Un seul mouvement suffit. Et la calligraphie apparaît, comme un vertige, sous la main du maître. »


Editeurs: Michel Lafon, 2015
134 pages
14,95 euros

Publicités
Cet article, publié dans Littérature française, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Zen de Maxence Fermine

  1. jostein59 dit :

    Voici un Maxence Fermine qui pourrait me plaire. J’avais adoré Neige puis un peu moins d’autres titres.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s