La plus que vive de Christian Bobin

la plus que vive
Ode à une défunte

Les lecteurs qui ont parcouru les belles pages du dernier ouvrage de Christian Bobin retrouvent ici un thème familier. Il s’agit d’un texte antérieur à Noireclaire. L’auteur évoque la perte brutale de sa compagne, Ghislaine, décédée en août 1995, d’une rupture d’anévrisme.

« C’est le 12 août 1995, au Creusot, que la mort te saisit par les cheveux, tu crois te plaindre d’une migraine, tu crois dire quelque chose d’anodin et tu tombes, une pluie d’étoiles rouges partout dans ton cerveau, rupture d’anévrisme, c’est ce que disent les médecins, c’est leur nom pour dire l’indicible, cette soudaine hémorragie de force dans le corps de ceux qui t’aime –le sang qui ne coule plus dans les veines des morts, ce sont les vivants alentour qui le perdent »

L’irruption inélégante de la Mort dans la déferlante d’amour dont l’auteur inonde sa compagne est masquée, rayée, gommée par une formule poétique « une pluie d’étoiles rouges ». La poésie des mots ne cache pas pour autant la violence du choc. Christian Bobin est comme retourné, renversé par le passage fracassant de la Faucheuse. « L’événement de ta mort a tout pulvérisé en moi ». La Mort n’a pas vaincu pour autant le poète car il lui reste les mots.

« L’événement de ta mort a tout pulvérisé en moi.
Tout sauf le cœur »

Mais la Mort ne peut alors se payer sa tête car l’homme poète et amoureux sublime ses sentiments, ses pleurs en bouquets de mots et de métaphores.

Dans ce court texte, l’écriture est plus prolixe. Christian Bobin s’attarde davantage sur cette perte. Il décrit et brosse la somme des émotions, des ressentis après la disparition de sa compagne. Comparé à Noireclaire, le texte est moins dépouillé. L’événement est encore traumatisant. Avec le dernier ouvrage paru, le lecteur mesure le chemin parcouru. Noireclaire a plus d’envolée. La plume est plus aisée à manier. L’écriture semble glisser sur le papier. Dans La plus que vive, si la morte est célébrée, si Christian Bobin choisit de la décrire de son vivant, les mots portent malgré tout la blessure, la dévastation et le vide laissés par cette disparition.

En conclusion, la dimension spirituelle et dépouillée que nous connaissons chez Christian Bobin n’est pas présente dans La plus que vive. Cependant, c’est un texte intéressant car il inscrit l’auteur dans les tourments métaphysiques que connaît tout homme lorsque la Mort frappe un de ses proches. Ce texte souligne aussi l’évolution de l’auteur. Publié en 1996 soit un an après la mort de Ghislaine et vingt ans avant la parution de Noireclaire, ce récit marque le chainon manquant. Placé à côté de Noireclaire, il donne à voir l’évolution de l’auteur dans sa conception du monde et dans sa posture philosophique, spirituelle et poétique.

Un texte à ne pas manquer donc.


Editeurs : Gallimard, Coll. « Folio », 2013
111 pages
4,49 €

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2 commentaires pour La plus que vive de Christian Bobin

  1. LadyDoubleH dit :

    Merci, je le lirai !

    J'aime

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