Zoïa Andréevna de Nina Berberova

9782742704699
La brebis, les chiennes et les louves

Par une journée glaciale, une jeune femmes, exténuée par trois jours de voyage dans un wagon bondé, arrive à Rostov dans une pension de famille tenue par les soeurs Koudélianov.

La jeune étrangère, Zoïa Andréevna, malgré sa tenue usée par la marche et le voyage, a une certaine mise. Elle a la grâce, le raffinement et l’élégance des femmes instruites. Son attitude et sa différence vont attiser la jalousie, la mesquinerie et la cruauté des femmes, présentes dans la pension. Zoïa tente de lutter et de survivre dans ce climat hostile. Le récit enferme le personnage féminin dans un espace clos, une prison dont l’issue, la sortie vers la liberté reste à jamais inaccessible.

Progressivement, le drame se dévoile et le lecteur prend conscience du poids de l’Histoire sur les épaules fragiles de la jeune femme. La guerre de Crimée, la Révolution des Bolchéviks ont eu raison des villes et campagnes. L’exode et la fuite ont jeté les russes sur les routes et Zoïa Andréevna en est une digne représentante d’un monde en débâcle. On devine aussi ses drames privés, les amours déçus, un divorce et une nouvelle rupture qui se profile à l’horizon. Zoïa a eu un passé lumineux fait de faste et de passion. Elle symbolise aussi à sa charge, un monde ancien qui agonise, le monde des nobles, des nantis qui a trop longtemps opprimé le peuple…

Le récit continue et balaie la vie de cette femme. La maladie de l’étrangère est une opportunité pour les tenancières de la pension de la précipiter dans le néant. Les louves assoiffées de revanche se jettent sur elles…

C’est le temps de la chasse…
C’est le temps de la curée…

En une soixantaine de pages, Nina Berberova a su décrire sans concession, un univers de femmes sans hommes, rapaces à l’extrême, prêtes à se jeter sur celles et ceux qui ne tutoient ni la mesquinerie, ni la bassesse des rumeurs et des commérages. L’action de destruction et de carnage est menée en douze jours. La sortie tragique de Zoïa Andréevna sonne la fin du récit et souligne la victoire du vulgaire et de la laideur. Mais ce monde est menacé lui-même de s’effondrer par l’arrivée imminente des Rouges et la propagation du typhus:

« (Il) était distrait par ce qu’il regardait derrière lui, là-haut, vers les fenêtres de l’appartement des Koudélianov. Quatre visages s’y serraient. Quatre regards. Comme ces figures étaient difformes, épouvantable! Aïe, aïe, aïe! Il n’avait encore jamais remarqué à quel point les carreaux de ces fenêtres étaient abominablement tordus! »

Il y a ici dans ce récit, tout un condensé de la cruauté humaine.
Il y a ici dans ce récit écrit en 1927, quelque chose qui fait étrangement écho à Boule de Suif…

Une très belle découverte…


Récit traduit du russe par Cécile Térouanne
Editeurs: Actes Sud, 1995
7,50 euros

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