Un prosateur à New York de Göran Tunström

un prosateur à ny
Chronique d’Abigail

L’écrivain suédois Goran Tunstrom, décédé à Stockolm en 2000, lègue avec ce récit, très bref, son dernier écrit publié par Actes Sud dans une collection au si joli nom «  Un endroit où aller ».
C’est l’écrivaine américaine Nancy Huston, qui le rencontra et le côtoya, qui, parfaitement francophone, préface et traduit l’oeuvre, rendant ainsi un hommage tout personnel à un écrivain admiré.
Si, la plupart du temps, les trames romanesques de Goran Tunstrom prennent racine aux abords de Sunne, dans le Warmland, et dépeignent une communauté Suédoise rurale, cette fois le narrateur-personnage n’est autre que Goran Tunstrom lui-même. Si, parfois, certains de ses personnages s’embarquent pour traverser l’Océan en quête du Nouveau Monde, en quête d’un Salut dans cette vie, ici c’est notre homme qui aborde, un soir, les rues de New York, détenteur de nul autre bagage qu’une Phrase, à la fois personnage et talisman: » Une brise légère faisait trembler les feuilles de l’arbre dans la chaleur de l’après midi ».  Ce point de départ d’une trame d’écriture devient refrain, leitmotiv au caractère obsessionnel qui non seulement ouvre le texte mais vient aussi le clore.
Si le prosateur s’exile loin de sa Suède natale, c’est parce qu’il cherche à ré enclencher ce mystérieux processus de la création. De l’inspiration. Car, sur un mode burlesque et très enlevé, le thème de  fond de cette oeuvre concise est celui du processus créatif, du rapport de l’artiste à sa production, à la notion de valeur marchande et, au final, à sa propre identité. Ici, créer est intrinsèquement lié à être.
Puis, par un jeu de circonstances parfaitement hasardeuses, voici notre prosateur hébergé par un peintre en mal de reconnaissance, Bendel Bigard. Le prosateur se verra confondu avec lui au prétexte d’un vernissage…
Tandis que notre personnage s’essaie à toutes les combinaisons possibles afin d’engendrer le texte idéal que viendra faire émerger sa fameuse phrase, compagne quotidienne, voici que s’offre l’opportunité unique de se fondre dans la réalité d’un autre… Et de lui apporter le succès! Ironie…
Durant tout ce roman-nouvelle, l ‘identité devient l’enjeu récurrent. Il y a celle que l’on se forge, celle que l’on se laisse imposer. Jusqu’à quel point une identité inventée, ou au contraire donnée comme authentique, influe-t-elle sur le cours des événements? Change-t-on de nature en changeant de nom?
Comme souvent chez Goran Tunstrom, la Femme possède une fonction révélatrice. Ici, ce sera Suzanne. Objet de la quête et du désir du prosateur, la dynamique amoureuse qu’elle suscite s’apparente à l’envolée créative. Suzanne, c’est aussi l’épouse du vrai Bendel Bigard, l’ascète volontaire qui rejette la commercialisation de ses peintures. Ainsi, en un ultime glissement, par un jeu de masque et de substitution, le prosateur s’approprie la compagne à défaut du nom, et le rêve d’autres cieux du peintre malheureux… Et trouve les mots qui servent sa Phrase.
Ce texte concis, dynamique, aborde l’appropriation, le processus créatif et le rapport ambigu de l’artiste à sa création.


Traduit par Nancy Huston
Editeurs: Actes Sud, 2000
88 pages
8,99 euros

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Un commentaire pour Un prosateur à New York de Göran Tunström

  1. jostein59 dit :

    Encore une belle découverte.

    J'aime

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