Les portes de fer de Jens Christian Grondahl

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Les trois âges de la vie

Les portes de fer est un roman qui suit le parcours d’un homme de sa prime jeunesse jusqu’au temps de sa vieillesse. Le récit nous laisse sur le seuil de ses soixante ans. L’histoire est scindée de façon très nette en trois parties numérotées de sorte qu’elle constitue un triptyque dans lequel le narrateur grandit, essuie les épreuves de la vie et les rêves brisés pour ne retenir que l’essentiel au soir de la vie.

Nous pouvons appeler la première partie de l’histoire « l’éclosion ». En effet, nous faisons la connaissance de notre narrateur à ses dix-huit ans. L’insouciance de ses dix-huit printemps et les amitiés exposées au soleil brûlant de l’été quelque part en Europe sont vite balayées par les nouvelles provenant du Danemark. En effet, le narrateur doit écourter ses vacances afin de se rendre au chevet d’une mère malade. Là, commence la lente décomposition du bonheur et du mythe parental ainsi que celui d’un foyer heureux et protecteur. Le jeune homme découvre le deuil, la trahison et la lâcheté parentale. La famille se délite et l’adolescent lui tourne le dos pour goûter aux amours éphémères… Fin du premier acte.

Dans la deuxième partie, nous retrouvons le narrateur. C’est l’âge de la raison. Il a désormais passé le cap de la quarantaine et s’est réalisé tant bien que mal. Professeur et père divorcé, il tente de sauver sa vie du naufrage. Homme solitaire et mal compris par ceux qui l’entourent, il sort de sa léthargie grâce à l’arrivée d’un élève particulier. Le garçon réveille chez lui de l’intérêt. Il s’implique. Mais la vie est impétueuse et versatile… Et le rideau se baisse…

Dans le dernier tournant, le narrateur a désormais la soixantaine. Nous le retrouvons en train de déambuler dans les rues de Rome. Il se remémore le temps perdu. Il évoque le mariage de sa fille et la naissance de son petit-fils. C’est le temps de la nostalgie et de la mélancolie. Rien n’est laissé au hasard. Lorsqu’il se retourne sur le chemin parcouru, le vieil homme jette un voile sur les femmes, les événements survenus et constate avec lucidité l’échec de sa vie dans une certaine mesure. La rencontre avec une jeune photographe lui permettra-t-elle de renouer avec l’espoir ? Sa vie sera-t-elle changée ? Y aura-t-il un avenir possible ? Et le bonheur dans tout ce fracas ? Dans toute cette ruine ?

Les portes de fer est un récit mené de main de maître. Jens Christian Grondahl semble tracer ici une nouvelle figure d’un anti héros romantique cher à la littérature allemande et scandinave du 19ème siècle. Le narrateur parcourt l’Europe. D’abord Berlin puis plus tard la Suède, l’Italie avec toujours comme point de retour Copenhague. Les voyages apparaissent comme l’ultime moyen de se traquer soi-même. Ils offrent cette opportunité de partir à la recherche de soi. L’ailleurs aide peut-être le personnage à trouver des réponses…

Jens Christian Grondahl réalise ici un roman d’apprentissage doublé d’une dimension d’analyse de soi menée à son paroxysme. L’impossibilité du narrateur à être heureux et l’amer constat du déclin inexorable de ses idéaux sont accompagnés à chaque fois d’une froide introspection qui lui ferme toutes les issues.

Les portes de fer est cette lame aiguisée posée sur notre cœur qui peu à peu frisonne et se gèle au contact de l’acier. L’écriture est dense et traversée par des moments de poésie. L’écriture élégante de Jens Christian Grondahl livre une vision désenchantée du monde et de l’individu enfermé dans sa solitude sociale et métaphysique. Le narrateur semble être cet homme de trop, le pur produit de notre civilisation occidentale :

« Je voyais à l’intérieur de mon existence avec tout ce que je savais d’elle et avec toute la distance froide de sa jeunesse. J’avais son regard dans mon dos quand je montais l’escalier jusqu’à la porte et au silence qui m’attendait fidèlement, avec mes nombreux livres et mes rares meubles, mon refuge spartiate pour une âme qui avait du plomb dans l’aile. Ma coquille de raisons mûrement réfléchies pour ne pas me prendre à bras-le-corps, pour ne pas tirer un trait sur le passé, tailler dans le vif et faire quelque chose de ma vie. »


Traduit de danois par Alain Gnaedig
Editeurs : Gallimard, Coll. « Du monde entier », 2016
404 pages
23,50 €

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2 commentaires pour Les portes de fer de Jens Christian Grondahl

  1. jostein59 dit :

    Il m’attend et je pense qu’il va me plaire.

    J'aime

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