Le mal noir de Nina Berberova

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Au milieu de nulle part

Lorsque le récit commence, le narrateur est un homme qui tente par tous les moyens de quitter Paris et la chambre exiguë qu’il partage avec une colocatrice pour recommencer sa vie aux Etats-Unis. Son obsession est de rejoindre un certain Droujine à Chicago.

Pour cela, il réunit ses ultimes richesses, un bijou orné de deux diamants dont il espère tirer un bon prix pour le voyage. Mais l’un des diamant souffre du mal noir :

« – J’ai une mauvaise nouvelle, annonça-t-il. Si j’avais su, je n’aurais jamais accepté de m’en occuper. L’une des deux pierres ne vaut rien. Elle a le mal noir. Tenez, regardez vous-même.

Il me colla sur l’œil une grosse lentille de verre, et je me penchai sur l’écrin. Tandis que je fixai le diamant, complètement noir, la terre semblait chavirer sous mes pieds… »

Cependant, le narrateur parvient tout de même à traverser l’Atlantique et arrive sur la terre promise. Cependant, biens des aventures l’attendent…

Cette nouvelle vie permet-elle réellement au protagoniste de tourner la page sur un passé tragique ou bien offre-t-elle un moyen à cet exilé de poursuivre sa fuite en avant ?

Dans ce bref roman, Nina Berberova se penche sur l’étude de portraits d’exilés. Ses personnages deviennent des objets d’étude, des cobayes de laboratoire. Mot après mot, Nina Berberova décrit leur solitude intérieure et leur inaptitude à vivre. En effet, la dimension psychologique est présente dans chaque phrase. La description des attitudes et comportements des personnages met surtout en lumière leur incapacité à s’adapter à une nouvelle forme de société. Le style reste corrosif. Nina Berberova n’épargne pas les siens. Son récit se dote d’une puissance nouvelle lorsqu’on sait qu’elle même a vécu en exilée loin de sa terre natale. Cet élément pourrait expliquer la thématique récurrente du départ et de la séparation dans ses œuvres.

Le narrateur, perdu dans l’immensité des espaces étrangers (Europe d’abord puis Etats-Unis ensuite) pourrait incarner la figure du Russe errant.

En conclusion, la littérature russe, comme toujours, nous offre des trouvailles inespérées. Avec Nina Berberova, c’est l’âme humaine et sa profonde solitude qui sont ici sublimées. Les mots deviennent des bouquets de poésie au charme désuet et mélancolique.


Roman traduit du russe par Luba Jurgenson
Editeurs : Actes Sud, 1989
106 pages
10 €

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