Et puis après de Kasumiko Murakami

et puis après couverture
La vague

Et puis après de Kasumiko Murakami est un très court roman d’une centaine de pages. Son sujet central est la répercussion du tsunami de 2011 sur les familles d’un petit village de pêcheurs situé dans la région côtière de Sanriku.

Yasuo, le personnage principal, est parti tôt ce matin du 11 Mars 2011 pour pêcher les wakamés car « Grâce à la pureté de l’eau de mer dans ces parages, on y trouvait du kombu de grande quantité et la culture des algues wakamés y était développé. » Il doit sa subsistance à cette activité tout comme le reste des pêcheurs du village. Ce jour – là, la nature est restée calme. Rien ne laisse présager une catastrophe imminente sauf peut –être quelques indices mineurs.

« Ce jour –là, la marée descendante était particulièrement ample et il avait beaucoup de mal à atteindre la mer. (…) Ce jour –là n’était-il pas un jour comme les autres ? Yasuo avait beau réfléchir, c’était la seule remarque qu’il se faisait. Jusqu’à ce qu’il se rende compte que la vague qui venait sur le rivage avec un grondement se retirait à une vitesse inhabituelle mais sans un bruit, il mena ses activités quotidiennes. »

Mais la nature est cruelle. Elle avance masquée et se joue de l’insouciance des hommes. Sans crier gare, la vague se gonfle, s’enfle. La terre se fendille et vomit au ciel l’énorme mur d’eau qui se rue, enragé, sur les fils de la terre.

« C’est juste à cet instant que cela arriva. Il sentit sous ses pieds des tremblements sur le sable mouillé. Il n’y accorda que peu d’attention au début car les tremblements de terre au large des côtes de Sanriku étaient fréquents ces derniers temps. Cela allait sans doute cesser. Mais quelque chose était différent. Des poussées se suivaient avec force, les tremblements ne s’arrêtaient pas. Et cela se faisait de plus en plus violent. »

L’entrée en matière montre que Kasumiko Murakami ne s’intéresse pas réellement à la catastrophe en elle –même. Son dessein n’est pas d’écrire un roman catastrophe mais de se pencher sur l’évolution des personnages après le drame et sur la répercussion psychologique que cela engendre. La stratégie narrative est établie au préalable. Kasumiko Murakami entend suivre un personnage bien particulier, Yasuo, pêcheur expérimenté. Elle décrit avec grâce et élégance sa lutte contre le déchainement des éléments. Elle note non sans pudeur ses décisions, sa culpabilité et sa dépression. Yasuo, au fil du récit, devient un emblème, un symbole d’un Japon meurtri par le tsunami de 2011.

Toutefois, la qualité du roman réside dans son écriture même. Le vocabulaire est dans la retenue. La description est chirurgicale oscillant entre une évocation crue des cadavres en putréfaction et une certaine compassion. Le roman, tout en litote, accompagne ses victimes dans leur errance psychologique dans les jours après la catastrophe, lorsque la mer se retire enfin.

Comme l’indique le titre en français Et puis après, la dimension psychologique est ici l’élément moteur du roman. La vague géante sert de « prétexte » pour montrer la fragilité de la vie et la lutte des hommes pour la survie. Plus encore, la catastrophe naturelle révèle les brisures, les blessures privées qui refont surface lorsque tout est perdu à jamais. L’intimité des personnages est exposée au grand jour.

En conclusion, le roman de Kasumiko Murakami est poignant. L’émotion est présente dans chaque mot et dans chaque phrase sans pour autant versé dans un pathos larmoyant. L’auteure s’attèle à donner ici la parole aux plus faibles. Elle dépeint les conditions déplorables de survie, une promiscuité insalubre mais aussi une solidarité qui tente de resserrer les liens. L’ouvrage signe l’engagement de l’auteur. La gravité de la situation est rendue avec force par l’impact des mots.


Roman traduit du Japonais par Isabelle Sakaï
Editeurs : Actes Sud, 2016
98 pages
13,50 €

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2 commentaires pour Et puis après de Kasumiko Murakami

  1. celina dit :

    Oui, cela doit être poignant, cet « après-catastrophe » : comment se relever, se remettre à vivre quand on a connu la sidération ? Je note cette référence, très sensible à cette thématique, merci.

    J'aime

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