Elégies pour le temps de vivre suivi de Dans les méandres des saisons de Richard Rognet

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Chronique d’Abigail

Entrer dans la poésie de Richard Rognet, c’est avancer sur la pointe des pieds sur l’herbe perlée du petit matin. A l’heure de la lumière fugace, celle où nul témoin autre ne saisira l’instant.
S’immerger dans Les méandres des Saisons revient à pousser la porte d’un jardin, et surprendre là, surgie d’un repli de la mémoire, la Mère aimée défunte, Vieille Femme éternelle, chuchotant le conte infini de la vie toujours recommencée, le sourire de son âme étendu sur les nuages.
A l’instant où le lecteur tourne les pages parcourues de ces mille signes codés du langage cher au poète, il entend une voix, celle de l’intime, un timbre murmurant cette mélopée de l’en deçà des choses. Poète très discret, Richard Rognet n’a eu de cesse de produire, d’écrire et d’offrir des livres de poésie. Il bénéficie à ce jour d’une incontestable reconnaissance, manifestée par des prix, et appartient à la Société Mallarmé. mais, indépendamment de ce statut, c’est du poète et  de son Art dont il est ici question; le temps était venu de convier ici la poésie.
Le ton de l’intime prévaut, la confidence. Dans la musique des mots,  » de la musique en toute chose », selon la leçon de Verlaine, Richard Rognet invite le sens caché, comme une façon de renouer avec la tradition ancienne du poète doté de la vision. De celle qui surgit en transparence, celle qui s’inscrit en filigrane sur la course du temps. C’est le diseur de l’invisible, celui qui saisit l’empreinte déjà effacée que laisse un être, un instant dans une mémoire. Il dit la douleur sans la désespérance:

 » Docile vérité d’un nuage immobile,
frêle recueillement d’une ombre qui s’évapore
sur une pierre où la mousse retient la trace
de son passage. Mais de nous, qui retiendra un
seul songe, un clin d’oeil, une empreinte? »

Le travail délicat de Richard Rognet sur le langage évoque la toile patiemment tissée, non celle d’une tisserande, mais de l’araignée. Sa force c’est le saisissement, dans la seconde, de la perfection à l’oeuvre dans la nature, de l’éclat soudain d’un rayon dans le feuillage, d’une brume qui déjà s’évapore…La nature, sa façon de s’inscrire dans le cycle du temps, une mort et une vie perpétuelles, se trouve à l’honneur. Il existe une dimension sensorielle, un jeu sur les correspondances; la mémoire s’éveille à l’indéfinissable dans le rappel de sons, de parfums:

« Tu cherches un passage dans la tiédeur
du soir, un parfum poivré monte derrière
les haies (…)
tu entends quelques bruits qui rampent
sur la terre, une chauve souris écrit
dans l’espace un poème éphémère qu’il
te semble avoir lu dans un songe lointain (…) ».

Le poète brode sur ces thèmes du temps, du souvenir, du passé, de l’invisible qu’il ressent, qui se révèle dans les petites choses, dans l’univers d’un jardin, dans la proximité du quotidien. Richard Rognet se fait traducteur de ce chant intime du monde, il le relaie, le révèle au lecteur.
C’est une invitation douce, un cheminement dans un lyrisme très sobre, une invite vers les liens secrets de ce monde qui se propose dans la réunion de ces deux livres.


Editeurs: Gallimard/Poésie, 2015
234 pages
9,90 euros

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2 commentaires pour Elégies pour le temps de vivre suivi de Dans les méandres des saisons de Richard Rognet

  1. celina dit :

    Merci pour cette « douce invitation », c’est une belle découverte.

    J'aime

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