Djibouti de Pierre Deram

djibouti roman

Ici l’enfer déborde

Markus, un militaire français finit sa mission à Djibouti. Il rentre au pays. Quand le roman débute, il vit sa dernière journée dans ce pays de la Corne de l’Afrique. Demain ce sera un autre jour, un autre continent, un autre monde :

« Et maintenant il allait repartir, demain dans l’après-midi, un avion pour Paris. »

Mais, pour l’heure, il vit ses dernières expériences à Djibouti avant un départ sans retour. Il faut dire que pour Marcus, rien ne l’attire dans cette région en proie aux conflits et livrée à un soleil assassin. Dans une description somptueuse, Pierre Deram évoque une terre impitoyable où la nature est l’ennemie de l’homme. La prose littéraire avec son champ lexical de la désolation constitue, pour un lecteur amoureux des belles lettres, une prouesse narrative. Pierre Deram excelle dans l’art de la suggestion, tantôt cru, tantôt direct mais toujours dans un esthétisme poétique de l’atroce :

« Au-dessus du parc de Yangudi, l’avion avait basculé sur son aile droite et toute la carlingue avait brusquement viré en direction de l’est, vers l’horizon lointain où le ciel et la terre s’évanouissaient en une seule et sombre lueur. (…) Passé le virage, la plaine verdoyante disparaissait tout à coup et l’Ethiopie tout entière se brisait net au contact d’un empire de terre rouge qu’aucune vie ne semblait jamais avoir souillé. Alors, montant roide de la terre comme les colonnes d’un immense portique, les fumerolles noires du lac Abbé ouvraient le ciel au-devant de l’appareil, dévoilant derrière l’épais rideau de soufre qui en masquait la vue le pays terrible qu’il venait d’aborder, la terre des Afars et des Issas, l’implacable désert de Djibouti.

Du nord au sud, ce n’est qu’un grand paysage dévasté, où des champs de pierres volcaniques se disputent quelques pitons décharnés. Tout est mort. Le soleil écrase l’étendue silencieuse. Sous l’effet de la chaleur, la rocaille brune se désagrège et couvre le sol de traînées rougeâtres. »

C’est ainsi que Markus découvre Djibouti six mois auparavant quand il a reçu l’ordre d’effectuer une mission dans ce pays. Le lecteur, lui aussi, est dans l’avion derrière l’hublot et regarde avec le militaire son entrée dans la gueule de l’enfer.

Les premières pages entendent marquer le style de Pierre Deram. C’est un roman à la structure narrative abrupte, crue et violente comme l’attitude des hommes, habitants ou soldats qui se meuvent sous le soleil brûlant d’une terre qui semblait être maudite.

Cette dernière journée est un temps suspendu. Markus erre avec ses compagnons dans des bars miteux à prostituées. Il est confronté à la rudesse des hommes, la vénalité des femmes. Rien n’est sauvable car l’amour, le Salut ont pris la poudre d’escampette.

C’est aussi un temps de retour en arrière pour se souvenir des missions de surveillance, des coïts mécaniques. Seul la mort d’un chien, évoquée vers le milieu du roman, permet de relier Markus à un semblant d’humanité.

Les vingt quatre heures de la vie d’un soldat sont relatées ici par une écriture dense, dépouillée et sans fioriture. Loin d’être aride, le récit porte en lui une dimension tragique de l’odyssée humaine.

En conclusion, il est indéniable que pour un premier roman, Pierre Deram montre son talent littéraire. Son style est unique et sans concession.


Editeurs : Buchet Chastel, 2016
114 pages
11 €

Publicités
Cet article a été publié dans Littérature française. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Djibouti de Pierre Deram

  1. jostein59 dit :

    Le monde des soldats est toujours assez difficile. Je vais plutôt retenir le nom de l’auteur pour un futur roman.

    J'aime

  2. celina dit :

    J’en avais entendu parler au festival du premier roman de Laval, et ce roman m’avait interpellée.
    Ce que tu en dis me donne vraiment envie de découvrir cette écriture.

    J'aime

    • lemondedetran dit :

      Pour un premier roman, Pierre Deram possède un réel talent d’écrivain. Je l’ai rencontré à l’occasion de « Lire à Limoges ». Les bibliothécaires ont lu un extrait de son roman en sa présence. Son intervention, la thématique qu’il aborde m’ont convaincue. Et c’est vrai, je n’ai pas regretté.

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s