Qui de nous peut juger de Mario Benedetti

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Confusions

Mario Benedetti est né en 1920 et décédé en 2009. C’est un célèbre auteur bien que quelque peu méconnu en France. C’est pourquoi, les éditions Autrement nous offre là un beau présent, à savoir la traduction de son premier roman écrit en 1953 mais inédit en France jusqu’à cette rentrée littéraire 2016…

De quoi s’agit-il ?

Qui de nous peut juger est une traduction française proche du titre original (Quién de nosotros). Il relate l’histoire d’un mari quitté par son épouse, Alice. Celle-ci part rejoindre leur meilleur ami Lucas.

Mais si la substance de l’intrigue se définit en quelques lignes, il ne s’agit nullement d’un récit trivial du triangle amoureux habituel. En effet, l’originalité réside dans la superposition des points de vue. D’abord, le lecteur fait la connaissance du mari délaissé. Puis il entend les confidences d’Alice et enfin il découvre les considérations de Lucas. Dans chaque version la psychologie des personnages se dévoile ainsi que leur fragilité. L’époux, incapable d’être heureux et convaincu qu’Alice a toujours aimé son ami, décide de les réunir quitte à se donner le beau rôle : se sacrifier pour leur bonheur. Mais cette apparente générosité cache un égocentrisme forcené qui ne dit pas son nom. Alice ne s’y trompe pas et sa réponse au mari « bafoué » ne se fait pas attendre. Elle reprend point par point ses arguments et à chaque invective de celui-ci appose une toute autre vérité… Quant à Lucas, il reste un observateur des événements et sa version des faits est la moins probable puisqu’il choisit d’écrire sa « confession » sous la forme d’un roman pour offrir au lecteur sa version.

L’originalité du récit réside dans la polyphonie des voix et dans le genre littéraire choisi par chacun pour relater l’événement. Il y a le genre épistolaire et celui du roman de sorte que le lecteur ne peut parvenir à séparer le bon grain de l’ivraie. Mario Benedetti se joue du lecteur. En même temps, il souligne le caractère subversif du genre littéraire.

En conclusion, si la thématique semble être désuète ou/et galvaudée, force est de constater que l’auteur, en s’inspirant d’un fait banal, a su en construire un récit original…


Roman traduit de l’espagnol (Uruguay) par Serge Mestre
Editeurs : Autrement, 2016
130 pages
15 €

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