Moi et toi de Niccolo Ammaniti

toi-et-moi
Chronique d’Abigail

Moi et toi; deux pronoms pour se désigner l’un à l’autre, dans le parfait mouvement de la réciprocité, dans l’intime du tutoiement qui enroule deux êtres dans une même bulle.
Moi et toi titre idéal d’un huis clos de découverte, celui d’un frère qui chemine vers sa demi soeur…
Ce roman de l’auteur transalpin Niccolo Ammaniti emmène le lecteur dans une descente, un voyage de retour vers une séquence dans l’enfance, ou plus précisément, l’adolescence du personnage narrateur, Lorenzo.
Tout commence en un lieu, Ciudale del Friuli, en 2010. Tout se clôturera en ce même endroit, à partir duquel un Lorenzo adulte fait office d’archéologue, et ramène à la clarté du jour un souvenir pas si éloigné, puisque daté de 10 ans à peine.
De plus, l’ouverture à Ciudale del Friuli s’avère significatif puisqu’il concrétise, géographiquement, un point d’ancrage, un endroit familier, commun à un frère et une demi soeur qui se sont connus antérieurement même aux faits relatés. Ce lieu se rapporte à un espace de villégiature rattaché à la mer, à un moment de vacances éloigné des habitudes quotidiennes.
Surtout, ce que Niccolo Ammaniti raconte là, dans le long flash back qui suit l’ouverture, c’est la quête de soi, cet incontournable de la littérature, celle d’un Lorenzo, ado à part, naviguant parmi les mots et les attentes que l’étrange sphère des adultes pose sur lui, à son propos… Lui qui n’a d’yeux que pour sa mère… Le reste du temps, confronté à la marée hostile de ses semblables, il opte pour la stratégie du miroir, pour une modalité de survie dont l’auteur offre la définition en incipit:
«  Le mimétisme batésien se produit lorsqu’une espèce animale inoffensive exploite sa ressemblance avec une espèce nocive (…) sur le même territoire (…) aux yeux des prédateurs, l’espèce imitatrice est associée à l’espèce dangereuse. »  Cette obscure sensation de sa propre étrangeté est celle qui le conduira à élaborer un mensonge. Cet amateur d’histoires en fabrique une de toutes pièces et convainc sa mère, trop heureuse de le croire, qu’il a été convié à un séjour aux skis… En fait, il se transforme en Robinson Crusoé dans le refuge englobant de la cave. Là, englouti tel un Jonas dans le ventre de la baleine, entouré d’un capharnaum d’objets hétéroclites, il finira par se trouver nez à nez avec une indésirable; sa demi soeur, Olivia, plus âgée que lui, occultée dans toutes les conversations parentales…
Cette rencontre avec l’intruse le heurte de plein fouet à la part des non dits, aux secrets des adultes, leurs stratégies mensongères. Voilà une demi soeur surgie là, tel un pantin sorti de sa boite au moment inopportun, envahissant la caverne d’Ali Baba, le fatras de souvenirs hérités de feu la Comtese Nunziente…
Malgré lui, Lorenzo devient un trait d’union. Du passé vers aujourd’hui. Expert en histoires, c’est lui qui berce sa vieille grand mère d’un récit improbable et l’aide à s’endormir… De même, il reçoit les mots d’Olivia qui rebâtit ainsi pour lui des fragments manquants de sa mémoire. La parole devient un cordon ombilical; elle relie, nourrit, reconstruit une racine commune. Olivia fait franchir un cap à Lorenzo; celui où le mythe parental meurt. Tous les deux, blessés de façons différentes, se reconstituent en fratrie clandestine dans l’espace secret de la cave, lieu de régression et d’émerveillement fugace.
Lorenzo adulte gardera Olivia tel un talisman, celui de ce petit mot plié adressé à lui au moment du départ. Avant qu’il ait à lui dire adieu…
Ce texte bref, qui se referme avec un pincement nostalgique au coeur, a fait l’objet d’une adaptation cinématographique par B. Bertolucci.


Roman traduit de l’italien par Myriam Bouzaher
Editions Robert Laffont, 2010
149 pages

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