Un bref mariage de Anuk Arudpragasam

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L’amour en temps de guerre

Un homme, le narrateur ,vit dans un camp de transit car il a fui son village, pris en tenaille entre deux feux ennemis. Lors de cet exode, il a perdu sa mère, tombée sous les tirs. Alors, tant bien que mal, chaque jour, il tente de survivre en aidant les soignants et médecins à remettre sur pieds les victimes de tirs, d’obus…

C’est dans un lieu de fortune qu’il va rencontrer un vieil homme. Ce dernier, sentant sa fin approcher, lui propose de prendre sa fille pour épouse car grâce à ce statut de femme mariée, elle pourrait sans doute échapper aux outrages et violences réservées aux jeunes filles capturées par des soldats. Le jeune homme accepte et commence ainsi le difficile apprentissage de l’amour en tant de guerre où chaque minute est volée à la mort. Entre l’incertitude et la survie, les instants dédiés à la tendresse et à l’amour sont rares d’autant plus que l’ennemi se rapproche et que le camp est livré à coup sûr au feu…

Un bref mariage n’est pas un roman sentimental. Ecrit dans un style dépouillé et souvent cru, il entend refléter les violences perpétrées à l’encontre des civils qui assistent impuissants au spectacle de leur mort. Les premières pages sont saisissantes d’une vérité criante : le travail acharné des médecins pour sauver coûte que coûte des victimes. Comme Sisyphe, médecins, infirmières improvisées, aides de camp roulent leur pierre jour après jour. Ils sauvent aujourd’hui une vie pour la perdre le lendemain.

Un bref mariage est une brèche, un interstice, une occasion donnée au narrateur de s’humaniser, se maintenir dans le monde des vivants avant le basculement final, avant le regret, les pertes et la folie…

En conclusion, bien que le lecteur puisse déplorer le manque de profondeur dans la peinture psychologique des personnages, un goût prononcé (involontaire ?) pour des descriptions interminables de corps mutilés et une impression d’inachèvement, le récit témoigne d’ une maîtrise narrative indéniable de la part d’un très jeune auteur. Pour un premier roman, le talent d’Anuk Arudpragasam est plus que certain. Le lecteur perçoit un art naissant dans la disposition de l’intrigue et dans son agencement. Le style est fluide et percutant.

On attend avec impatience le prochain ouvrage de cet auteur.


Roman traduit de l’Anglais (Sri Lanka) par Elodie Leplat
Editeurs : Gallimard, Coll. « Du monde entier », 2016
237 pages
20 €

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