Fils du feu de Guy Boley

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Chronique d’Abigail

Guy Boley aura tout fait, exercé tous les métiers, artiste de cirque, homme de théâtre, saltimbanque… Après avoir été maçon, ouvrier… On imagine aisément dans cette trajectoire celle du corps, qu’il soit en mouvement, au travail, support du spectacle, outil de la mise en scène, du spectacle de rue, hissé là, haut perché, à l’équilibre précaire en train d ‘avancer sur le fil arachnéen du funambule, prêt à échapper à l’esprit volatile de la création.
Cette place du corps, cette incarnation, cette aura charnelle de la force qui se déploie, s’avère patente dés les premières pages de cet ouvrage. De ce premier roman. Car, après avoir été tant de choses à la fois et successivement Guy Boley se fait homme de plume. Ecrivain. Et, là aussi, la langue prend chair, étincelle, brûlante, comme autant d’escarbilles, d’éclats de braises, de cendre et de feu que ceux qui jaillissent de la forge. Cette même forge, celle où se bat le fer dans le secret ancien, la maitrise de la fusion, représente aussi bien la matrice d’où surgit ce roman. Cet espace archaique, dangereux, flamboyant est celui où le père du narrateur exerce, avec son employé Jacky, le métier de ferronnier d’art. C’est le point de départ. C’est un espace et un temps appelés à disparaitre…
Le goût de l’auteur, Guy Boley, pour les mots, l’attention portée à leur richesse, à leur épaisseur, confère une sensualité à l’écriture, mais aussi une distance, une évocation certes nostalgique, sensible mais sans aucun pathos ni complaisance.
C’est un monde disparu qui est raconté, de façon enlevée, imagée. L’histoire d’un temps aux relations de proximité encore présentes, dans l’esprit de voisinage, de communauté, puisqu’on y lave son linge sale en public… au propre comme au figuré. Ainsi, c’est avec délice que l’écrivain dépeint les lessives, le linge immaculé étalé, étendu, claquant sec dans le vent, raconte ce huis clos dans l’univers féminin.
Dans ce petit monde aux personnages bien campés, hauts en couleur, le drame survient… Celui de la mort d’un petit frère, Norbert. Cette scission, cette rupture, amorce la fin d’un monde. La mort de l’enfant refroidit les feux de la forge, éteint la flamme créatrice. Sa douleur transforme le personnage de la mère en une créature enfantine et poétique, qui  emmène l’ensemble de la cellule familiale dans sa folie douce.
Le forgeron, lui, Vulcain admiré par son fils, perd sa grâce, fuit le foyer…
C’est la fin d’un monde, l’entrée dans les trente glorieuses. C’est la fin d’un univers enfantin pour le narrateur qui tisse, avec poésie, le récit de son propre écartèlement, dans cette vie en pointillé dans l’absence du frère.
Guy Boley narre, aussi, la sublimation du drame intime, la genèse d’une vocation; le narrateur sera peintre de ses mains surgiront un monde. Ainsi, le feu sacré de la forge du père s’incarnera finalement dans les doigts du peintre…


Editeurs: Gallimard, 2016
157 pages
16,50 euros

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