Transchaco d’Alain Keralenn

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De l’autre côté du miroir

Lors d’une vente aux enchères de lots d’œuvres d’art pré colombiennes dans un haut lieu parisien, la police intervient et arrête la cérémonie. Les forces de l’ordre munies d’une ordonnance de référé délivré par un juge soupçonnent des malversations et la vente illégale des œuvres.

C’est dans ce contexte qu’Antoine, un érudit versé dans l’ethnologie et dans la linguistique, assistant du malheureux commissaire- priseur évincé par la justice, est abordé par un dénommé Gérard de Lumiel, personnage assez mystérieux et haut en couleurs. Ce dernier aurait besoin de ses services pour retrouver un hypothétique trésor perdu des Incas. Et voilà notre jeune diplômé, assez antipathique dans son genre et sûr de ses prérogatives et convictions, part pour le Nouveau Monde. Mais il est loin de sonder les vraies intentions de son employeur. L’aventure, la trahison et danger seront du voyage…

Transchaco est un roman ludique, divertissant grâce à son jeu de pistes. Le style est alerte et le lecteur, en quête d’un bon moment de détente ne sera pas déçu dans sa quête. Il retrouve le suspens, les rebondissements et une chute assez originale. L’auteur choisit de poser le focus sur le rapport entre l’art des peuples premiers, sa marchandisation et sa filiation avec l’Histoire. Ici, il s’agit surtout de la spoliation des Ayoreos par les Conquistadors. L’originalité d’Alain Keralenn est de mettre en exergue cette période sombre et ses conséquences tragiques sur l’Histoire. Ces dernières produisent encore des répercussions sur le présent dans les pays d’Amériques Latines.

Cela aurait pu être une digression subtile si l’auteur n’avait pas emprunté des chemins trop raccourcis lorsqu’il affirme dans son texte que :

« Les Conquistadors ne se sont pas étendus sur leurs tristes exploits. Ils voulaient aller à l’essentiel : ramasser tout l’or possible et l’expédier en Espagne. Quant aux Incas, ils ont assisté sans comprendre à l’effondrement brutal de leur monde. Imaginez ce que cela a pu être pour eux ! Toute une civilisation, bâtie sur des siècles, qui s’effondrait en quelques années »

Or, les récentes études ont mis à jour des découvertes qui contredisent la thèse « du mythe du bon sauvage » de notre auteur. Il est démontré que ces civilisations arrivant à leur apogée étaient à bout de souffles en raison de luttes intestines et de pratiques sociétales qui mettaient en péril leurs propres civilisations (effondrement de la démographie à cause des guerres, endogamies, meurtres sacrificiels, cannibalisme…). Ainsi fragiles, la rencontre avec les Espagnols a eu raison d’eux non seulement à cause des exactions de ses derniers mais aussi à cause des chocs microbiens. Ces derniers ont été fatals pour les peuples du Nouveau Monde.

Cependant, on peut déplorer le côté « déjà vu » de l’intrigue car les thèmes abordés ne sont pas d’une originalité grandiloquente. Les personnages sont assez stéréotypés et la dimension psychologique est passée au second plan. La chute quant à elle appartient malgré tout au domaine du prévisible.

Mais à sa décharge, l’auteur possède, sans conteste, un certain style et un art manifeste pour un récit oscillant entre le genre policier et celui des romans d’aventure.

En conclusion, Transchaco offre une lecture agréable et sympathique. L’écriture est prometteuse. On attend que cela se confirme par la suite…


Editeurs : Librinova, 2016
4,99 euros 

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