Le violon noir de Maxence Fermine


Pouvoir et envoûtement (Chronique d’Abigail)

Avec Le violon noir, Maxence Fermine compose un texte dont on ne saurait trop dire s’il est conte ou fable. Et cela n’a guère d’importance puisque l’auteur nous convie à un voyage intérieur en terre d’imaginaire, vers des confins où la poésie fait affleurer à la surface des vérités sourdes, amène à dire d’un ton grave et feutré les secrets de la psyché humaine.
Ce que narre ici Maxence Fermine c’est l’histoire d’un voyage, celui d’une vie, celui d’une âme qui accomplit sa quête et sa transformation à la flamme incandescente de la Création Absolue, ultime. Celle qui tient du souffle vital, de la destinée, de la trace définitive d’une existence. Le fil conducteur de ce  récit- on pourrait aussi dire de cette parabole- c’est la soif intangible d’aspirer à l’absolu à travers un mystère, celui du pouvoir de créer. Où donc la force créatrice, l’inspiration nécessaire à la composition-ici musicale- plante-t-elle ses racines? Y a-t-il un prix à payer pour ce don, cette élection?
Maxence Fermine livre un texte nimbé d’une poésie mélancolique. Il convie le lecteur à une déambulation sur la lagune vénitienne, dans la lumière déclinante du soir. Les rayons d’un soleil agonisant viennent lécher les façades lézardées d’opulents palais dont les beautés fatales camouflent leur lèpre sous les fards et les oripeaux du faste. C’est une agonie sourde qui suinte, la Mort se dessine, murmure et affleure malgré l’ivresse des fêtes, des masques et du Carnaval. L’Immortalité ne se gagne pas si facilement…
Au coeur de tout cela, se situe la rencontre entre un ex jeune violoniste prodige, devenu soldat, enrôlé dans l’armée napoléonienne. Johannes Karelsky se retrouve ainsi à Venise, hanté par la vision d’une femme à la voix d’or, par le défi à la mort, par un rêve d’opéra. Il y rencontre Erasmus le luthier, étrange et fatal alchimiste qui, pour l’amour d’une cantatrice, se lança le défi de surpasser la pureté de sa voix de soprano en créant un violon dont les cordes dépasseraient la beauté du timbre humain. Le génie conduit parfois à un dangereux marchandage qui, hélas, s’ignore…
La démesure des aspirations se fait défi au divin et conduit aux confins des Enfers. Vampire, le violon au bois d’ébène aspire la vie et le souffle de l’aimée, lui offrant en contre partie  l’Eternité close dans le corps d’un instrument…
Johannes Karelsky, lui, écrira un opéra destiné à n’être jamais ni joué ni entendu. Lui l’a bel et bien entendu dans sa tête sa vie durant; son esprit s’est bercé de ces sons inégalés.
La beauté de la création se doit-elle d’être forcément partagée? Ou la goûter en son for intérieur suffit-il à justifier une existence?
Ce texte, dont la mélancolique poésie évoque parfois les paysages chantés par Verlaine où vont » masques et bergamasques » , semble pointer du doigt l’antique question du mystère créatif, de l’inspiration et de son origine. Remède ou poison, immense est son pouvoir…
C’est bien ce pouvoir de la musique, son influence sur les actions humaines que chante avec douceur, telle la berceuse qui conduit Karelsky à sa mort, Maxence Fermine.


Editions Arléa, Point
127 pages
5,40 euros

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