Passagère du silence de Fabienne Verdier


Le vide et le plein

Le lecteur connaît les œuvres de Fabienne Verdier, peintre calligraphe, versée dans l’art chinois de la peinture et de la calligraphie. Dans Passagère du silence, Fabienne Verdier offre à notre regard un portrait autobiographique saisissant.

De son enfance, il n’en est presque pas question si ce n’est l’influence artistique d’un père qui lui a appris les rudiments de l’art de peindre. Cette ellipse permet de se concentrer sur son parcours aux Beaux Arts et sur son voyage en Chine dans les années 80. La date a son importance puisque le pays était encore plongé dans la dictature communiste. Il est donc très difficile pour une jeune femme occidentale de s’acclimater à un régime qui lui impose une surveillance constante et qui l’isole de ses camarades chinois.

Les 310 pages évoquent cet apprentissage de l’art chinois et asiatique auprès de Maîtres renommés mais subissant l’ostracisme du régime. Le lecteur la suit alors dans les dédales de l’administration chinoise, dans ses manigances et ses égarements comme lorsqu’elle décide de brûler les œuvres des grands maîtres ou quand elle livre ses intellectuels à la torture. Fabienne Verdier n’omet rien et donne aux lecteurs des exemples et des récits de vie d’hommes et de femmes artistes, brisés physiquement et psychologiquement, par le régime chinois de l’époque.

Cependant, n’oubliant pas que c’est un récit dédié à l’art, Fabienne Verdier s’attèle à nous expliquer la différence en l’Asie et l’Occident en terme d’approche de l’art et de son enseignement. Là où l’Occident met l’accent sur la technicité, l’Orient préfère souligner et faire émerger de l’âme de l’apprentie peintre l’essence des choses et des êtres. La spiritualité et la philosophie zen ont un rapport direct sur l’esprit dans la production du signe. La perspective bien qu’importante laisse place au vide et au plein. La nature ne doit être recopiée comme telle car de ce fait, l’artiste ne reproduit qu’un trait mort, sans souffle et sans énergie vitale. Pour peindre un arbre, l’artiste doit devenir arbre. Pour esquisser les coudes d’une rivière, la force d’un fleuve, il doit devenir eau. L’observation de la nature fait partie intégrante de l’apprentissage du peintre. Il doit l’intérioriser pour l’exprimer ensuite sous la forme de flux, de reflux, d’énergie, de vide de telle sorte que dans chaque trait, il conte l’histoire d’une cosmogonie.

Telle était la Passagère du silence. Fabienne Verdier rend ici un extraordinaire hommage aux artistes de l’extrême Orient. Son humilité, sa modestie se lisent dans chaque mot et témoignent par là d’une très grande maturité et d’une sagesse dans la compréhension du visible et de l’invisible, du temps qui corrode les éléments et de l’impermanence des choses et des êtres.

Un livre remarquable.


Editions : Le livre de poche, 2010
310 pages
7,60 €

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2 commentaires pour Passagère du silence de Fabienne Verdier

  1. Oui un livre d’une expérience remarquable

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