Sous les lunes de Jupiter de Anuradha Roy


Entre deux mondes

Le roman s’ouvre sur le quai d’une gare. Le train s’apprête à partir avec à son bord trois vieilles femmes qui désirent se rendre à Jarmuli pour un pèlerinage et une jeune fille à l’accoutrement étrange, qui tente, au milieu d’une foule d’hommes hostiles, d’attraper le train déjà en marche.

Au fil de l’intrigue, le lecteur entre en intimité avec les personnages. Il écoute, voit et assiste à l’émouvant naufrage de la vie des vieilles femmes. Il observe avec sympathie et compassion tous ces êtres qui gravitent autour de ces protagonistes, le marchand ambulant, le jeune prostitué et Badal, le guide qui accompagne et explique aux touristes les mystères des temples sacrés de Jarmuli.

Cependant, la part belle est réservée au parcours singulier de Nomi, jeune femme qui a été adoptée par une norvégienne et qui a grandi dans ce pays d’accueil. Retournée à Jarmuli est une occasion de renouer avec un passé douloureux. En effet, le lecteur apprend que Nomi porte en elle un lourd passé qui remonte à bien avant son adoption et son départ pour l’Occident. En effet, la perte de son frère bien aimé et la disparition de sa mère sont des événements qui l’ont profondément marquée. Pis encore, petite, elle a assisté au meurtre de son père. Recueillie une première fois par une secte, elle a fait l’apprentissage de la violence et des abus répétés jusqu’au jour où…

Dans un style dénué de pathos larmoyant comme on en voit tant dans certains récits de témoignages à sensation, Anuradha Roy insiste non seulement sur le phénomène de la résilience mais aussi sur la profonde mutation des consciences dans son pays. A travers l’histoire de Nomi et celle des vieilles femmes, il dénonce la violence d’une société de castes qui maltraite, isole, discrimine les femmes. L’hostilité, l’agression de Nomi sur le quai de gare par des hommes frustrés, hypocrites et phallocrates sont autant de signes qui dénoncent une société patriarcale, malade et en décomposition.

Plus encore, il met en avant les petites gens tels que le marchand ambulant, le prostitué et le guide touristique pour toucher le lecteur. Il nous fait découvrir leur quotidien rude et violent sans perspective d’avenir.

Sous les lunes de Jupiter est un récit plein de poésie et d’élégance. Anuradha Roy trouve toujours le mot juste pour décrire la situation sociale et psychologique dans laquelle se débattent ses personnages. Sans les exposer à un doloris à la mode, il sait, à travers sa plume pudique, leur aménager un espace de parole et d’actions afin qu’ils puissent nous révéler toute la dimension tragique et l’absolue solitude de leur existence.


Roman traduit de l’Anglais (Inde) par Myriam Bellehigue
Editeurs : Actes Sud, 2017
316 pages
22,50 €

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2 commentaires pour Sous les lunes de Jupiter de Anuradha Roy

  1. jostein59 dit :

    j’ai beaucoup aimé tous ces personnages

    J'aime

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