Trois histoires de J.M. Coetzee


Evanescence

Trois histoires est un recueil de 3 récits courts dans lesquels J.M. Coetzee sublime son art de l’écriture en pratiquant le dépouillement narratif. En effet, il teste le mot, l’éprouve et sans fioriture, l’amène à sa simplicité extrême. De ce fait, par cette prouesse stylistique, il offre aux lecteurs un style épuré et une histoire qui va à l’essentiel c’est-à-dire qui touche notre être dans ce qu’il y a de plus profond, de plus fragile, ce quelque chose qui vibre en nous.

Ainsi Une maison en Espagne nous restitue le crépuscule d’une vie de solitude et de nostalgie. La maison, maussade, entêtée, farouche se revêt de la gravité qui sied à son âge vénérable. Le narrateur, par son regard porté sur la demeure, lui confère une âme, lui donne un visage. La vieille maison sera le dernier abri où l’âme tremblotante se replie avant de s’évanouir dans un autre monde. Elle est la dernière compagne, celle-là même qui se penchera sur le corps défraichi s’apprêtant à rendre son dernier souffle.

La ferme, quant à elle, renvoie au temps qui passe, aux souvenirs lourds de secrets du temps où la Ségrégation étendait ses ailes sombres sur des êtres «  de seconde zone » car « racialement  inférieurs ». Mais le voyage vers cette ferme est aussi, pour les personnages, un moment de vérité : celle de l’anéantissement de l’enfance. Le présent ne comble pas le vide. La destruction de la ferme par les promoteurs devient une parabole car au-delà de cette triste réalité, c’est l’Afrique du Sud toute entière qui devient gravats :

«  (…) il est tombé entre les mains des promoteurs, ils ont changé son aspect, lui ont ravalé la façade, et ils l’ont mis sur le marché « C’est le seul avenir en Afrique du Sud, nous ont-ils dit : devenir loufiat ou putain pour le reste du monde. »

Le temps est suspendu. Il ne coule plus provoquant une attente absurde des êtres et des choses face à un avènement annoncé qui n’arrive jamais. On sent l’amertume de l’auteur sur la situation de l’Afrique du Sud, sa terre première. N’est ce pas là la raison qui l’a poussé à émigrer en Australie et à prendre la nationalité de sa terre d’accueil ?

Le temps, toujours le temps. Ce temps de l’après si merveilleusement évoqué dans sa toute dernière nouvelle Lui et son homme. Robinson Crusoé est revenu de son voyage avec son homme Vendredi. Mais qu’en est il de l’après héroïsme ? Quelle sera cette vie débarrassée de l’aventure ? Et qu’en est-il de celle présente faite de routine et d’habitude ?

Le lecteur aura compris. L’écriture est poétique, légère comme une plume, évanescente comme les ailes d’un ange mais aussi mélancolique devant le temps qui court (ou pas) à sa perte et … nous avec.


Récits traduits de l’Anglais par Catherine Lauga du Plessis et Georges Lory
Editions du Seuil, 2016
70 pages
13 euros

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2 commentaires pour Trois histoires de J.M. Coetzee

  1. Jostein dit :

    Une belle écriture et toujours de bons sujets. De nouvelles parutions en octobre

    J'aime

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