Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt


L’écoulement des ans

L’écrivaine Siri Hustvedt livre ici la chronique d’une vie douce-amère. Elle suit avec son œil implacable la vie de deux couples d’amis sur trois décennies. Il y a Bill, un peintre new-yorkais et Lucille, sa première femme. Puis il y a Erica et Léo, tous deux professeurs. Par le plus pur des hasards, Léo rencontre Bill et les deux hommes en viennent à discuter de l’art et tout particulièrement de la vision de l’art selon Bill. D’échanges en échanges, les deux hommes se rapprochent. L’alchimie de l’instant, la concordance des émotions poussent ces deux là à se revoir et la sympathie des débuts laisse place à une amitié profonde et durable. Les deux couples deviennent voisins. Chacun a un fils et la vie suit son cours dans l’ Amérique en effervescence des années 70. Cependant c’est sans compter sur le sort. Lucille devient chaque jour plus fragile. Son esprit s’effrite et s’ensuit le délabrement psychique, mental et physique. Le couple se sépare et bientôt Bill trouve consolation dans la personne de Violet, son modèle. Son art, le traitement du corps et la conception post post-moderniste propulsent Bill dans les tabloïds de la société bien pensante new yorkaise des années 90. Mais l’homme derrière le peintre entame un cycle déclinant, une descente en enfer. En effet, Bill erre dans son labyrinthe intérieur. Il échappe aux autres et à lui-même d’autant plus que son fils flirte dangereusement avec des milieux interlopes. Léo n’est pas épargné non plus. Un drame vient briser sa vie et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son univers….

Avec un style acerbe sans être psychologisant ou narcissique, Siri Hustvedt s’interroge sur le temps qui passe et sur son action corrosive. Au travers ces protagonistes, elle nous questionne directement. Face à l’écoulement des ans, qu’avons-nous fait de nos rêves, de nos idéaux ? Qu’avons-nous fait de nous-mêmes ? Avons-nous su résister aux ans ?

La subtilité de son écriture réside dans le choix narratif. Le roman est écrit à la première personne. Il s’agit de Léo, devenu infirme et très âgé qui jette un dernier regard par dessus son épaule. Il relate ces années de vie faites de joie et de tristesse, de réussites et de manquements.

Tout ce que j’aimais est un récit qui fait office de bilan de vie. Une dernière tentative avant de tirer sa révérence. Comme stipule le titre What I loved, Léo ne garde que le meilleur. Il prend en compte les réussites, les joies sans pour autant oublier les défaites, le deuil. Tout ce que j’aime est un roman de l’humaine condition. Léo se raconte. Il restitue les actions menées à hauteur d’hommes.

Siri Hustvedt confirme là son talent d’écrivaine. Tout ce que j’aimais est teinté de poésie. Le lecteur se laisse prendre par l’épais récit. Il s’attache aux personnages imparfaits, parfois égoïstes, parfois antipathiques, parfois attachants. Mais somme toute très humains et si faillibles.


Roman traduit de l’américain par Christine Le Bœuf
Editeurs : Actes Sud, 2003
455 pages
23 €

Publicités
Cet article, publié dans Littérature américaine, est tagué , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s